Une conférence sur l’Histoire des Maghrébins (à forte majorité Algérienne) de Nouvelle-Calédonie. Thèse de doctorat : des sources historiques et anthropologiques porteuses pour la recherche universitaire, l’éducation nationale et les manuels d’Histoire.

Après la visite de Monsieur Azzouz BEGGAG, Ministre de la Cohésion Sociale et l’Egalité des Chances, le mois denier en Algérie,

La communauté de Nessadiou a reçu le Ministre en visite au cimetière de Sidi Moulay. Celui-ci a consulté la stèle nouvellement intégrée par la communauté, dans laquelle tous les noms des concessionnaires décédés de Bourail, sont Maghrébins.

Pour ma part, je me réjouie que sur le plan de la recherche universitaire, ce travail entrepris depuis de longues années (1998), ait servi pour le cimetière de Nessadiou. Le cimetière porte une riche transmission orale et au fil des générations le sens de la solidarité ne s’est pas estompé grâce aux actes culturels initiés par les déportés patriarches et perpétués par leur descendance.

La recherche d’anthropologie historique a permis d’étudier la situation de terrain, elle permet désormais de contribuer à l’écriture de l’histoire que ce soit dans les manuels d’Histoire que dans le champ universitaire. L’histoire ainsi écrite a fait appel en premier lieu aux savoirs existants que ce soit en Algérie, au Maghreb et en Nouvelle-Calédonie, aux savoirs de la communauté de Nessadiou, de Boghen, de Pouembout, de Voh, de Koumac et bien d’autres lieux que les déportés avaient fréquenté.

Je me réjouie d’autant plus que les noms aient été intégrés au cimetière de Nessadiou, parce qu’ils portent la mémoire des anciens, le contact culturel maghrébin avec la Nouvelle-Calédonie, leur histoire et leur rattachement culturel et géographique Maghreb/Océanie.

En parcourant la liste affichée au cimetière, je regrette néanmoins que les lieux d’origine et la filiation parentale n’aient pas été clairement mis en évidence, seul le nom, prénom et lieu de naissance est donné, il manque les détails historiques de leur naissance : la filiation parentale (nom du père, de la mère en Algérie, au Maroc ou en Tunisie et lieu de naissance (rattachement à un lieu toponymique, une tribu, un arch).

Ces sources scientifiques sont des éléments de recherche fondateurs qui mentionnent en effet l’appartenance familiale, culturelle et ancienne, points historiques permettant de valider que l’ensemble des Maghrébins inscrits sur la stèle du cimetière de Sidi Moulay de Nessadiou, n’étaient pas des « Orphelins » comme le préconisait la logique coloniale en affichant une classification de déportation statués en ces termes : (droits communs = sans famille = orphelins en quelque sorte). Fort heureusement la recherche d’anthropologie historique permet de répertorier de manière chronologique la situation historique des déportés. C’est aussi permettre à l’Association (Nessadiou) de disposer des listes détaillées de leurs patriarches déportés avec leur nom et prénom, leur date et lieu de naissance, leur métier en Algérie, leur résidence au moment des fait insurrectionnels, leur déportation convoi naval par convoi naval, depuis 1867 à 1895, leur date de décès dans leur nouveau statut de concessionnaires de Bourail.

La thèse de doctorat étant déposée à la Mairie de Bourail à la soutenance de thèse au 01 Avril 2004, je me réjouis également d’accepter une utilisation de ces listes à des fins essentiellement associatives et non lucratives. Pour le voyageur de passage à Nessadiou, le touriste en visite à Bourail, le cimetière Nessadiou peut désormais afficher clairement son histoire, mais aussi celle de l’Algérie et la Nouvelle-Calédonie, tout en préservant la mémoire et la transmission par la descendance pour lesquelles l’Association de Nessadiou s’est engagée dans la préservation de l’espace et des familles.
La thèse étudie en effet les significations essentielles et les conditions de l’organisation du système coutumier (djemâa) introduite sur le sol calédonien : les réunions collectives, saddaka, la ziyâra, la zerda, la touiza, les ritualisations agraires, les offrandes collectives, les plantations d’arbres, la typologie des dattes relatives aux espaces oasiens, le nettoyage du cimetière, etc.

La première fiche de concessionnaire de Bourail que je découvrais fut donc le nommé : Isa Khamenza. Sa fiche a été fortement endommagée par les dégâts naturels (inondations à Bourail à la fin du 19è siècle). J’ai pu par chance sauver les noms de ces premiers insurgés déportés et concessionnaires de Bourail. Ces dossiers étant enfouis et non recherchés jusqu’àlors, les archives de Bourail adjointes à celle de Nouméa permettent désormais de reconnaître l’existence de concessionnaires Maghrébins avant et après 1872. La recherche fait ressortir ces premiers forçats rattachés aux insurrections de 1864 (Ouled Sidi Cheikh, deux grandes familles – les Chéragas branche algérienne et les Gharabas branche marocaine – ces politiques furent condamnés à tort au statut de droit commun pour des raisons essentiellement foncières et économiques.

En poursuivant la fouille d’archives, en rétablissant de manière scientifique et chronologique des listes inédites de ces déportés décédés concessionnaires à Bourail en nombre, d’autres noms apparaissent clairement.

En effet, à leur côté d’autres insurgés bénéficièrent du statut « déporté politique » (un décret en 1871 leur ait donné suite au contexte politique de la France). La fouille d’archives qui m’a été remise permet désormais de faire apparaître clairement ces déportés rattachés aux insurrections du Hadj El Mokrani (Kabylie 1871), Mohamed ben Yahia et la tribu des Bouazyd (El Amri Biskra 1876), la tribu des M’noumnech (Aurès 1879), le Sud Tunisien (1881), et les Ouled Sidi Cheikh Si Hamza et Si Kaddour (Mascara et Sud Oranais 1881-1882) puis à la fermeture du bagne calédonien, d’autres Algériens sont envoyés en Nouvelle-Calédonie. Les principales causes seraient le débordement colonial. Ces fouilles d’archives sont en cours d’exploitation avec la collaboration des conservateurs des Archives. J’ai prévenu de la continuité de cette recherche dans mon manuscrit de thèse (publié chez l’Harmattan et une nouvelle version est éditée prochainement en Algérie).

Le nouveau manuel d’Histoire en Nouvelle-Calédonie qui ne fait pas état de l’histoire des Algériens en Nouvelle-Calédonie (on n’en connaît pas les raisons exactes, pourtant mes confrères historiens et anthropologues calédoniens ont participé à la mise en forme du manuel d’histoire (Histoire des Kanaks, Histoire de l’archéologie kanake, Histoire des Kanaks et leur Histoire, mais encore Histoire des Européens, des familles européennes, Historie des Japonais et des familles japonaises, Histoire des Javanais et des familles javanaises, mais tout comme le faisait remarquer Le Président de l’Association de Nessadiou, Taïeb AIFA et moi-même, lors d’une entrevue, avons souligné la question suivante : A quand l’Histoire des Maghrébins de Nouvelle-Calédonie, des familles d’alliances, de leur représentation culturelle à Bourail ? Le cimetière de Nessadiou devient en ces termes : le marqueur culturel de cette Histoire, de tous ceux qui ont un lien avec ces exilés.

Tout comme mes collègues historiens de l’Université de Nouméa, la thèse de doctorat doit servir en principe à rendre l’Histoire des peuples, leur migration, leur contact culturel et leur intégration. Le projet de réédition du manuel d’Histoire doit pouvoir désormais disposer des donnés d’anthropologie historique et les intégrer dans son nouveau programme. Ces oubliés de l’Histoire coloniale ont contribué au développement économique et agronomique de la Nouvelle-Calédonie, ma contribution à ce travail permet de légitimer la recherche historique et anthropologique de ces premiers déportés en provenance du Maghreb à la fin du 19è siècle, l’anthropologie historique fonde en effet une déportation essentiellement politique, une appartenance culturelle et géographique issue du Maghreb ancien, une civilisation arabo-berbère par l’introduction du palmier dattier, son système de culture et son implantation, un système de parenté, un fonctionnement social, une tradition culturelle formée par le système coutumier (djemâa) introduit par les patriarches de la déportation à l’avènement du saint patron Sidi Moulay, une nombreuse descendance aujourd’hui « calédonienne » et les formes culturelles de leur intégration réussie. Le travail de l’Universitaire se poursuit avec les Universités Algériennes par la recherche historique des familles, des villages, des lieux d’appartenance et des témoignages du passé.
J’ajouterai qu’un travail scientifique ne peut pas être mené autres que des chercheurs universitaires, qui risqueraient à défaut d’une méconnaissance historique approfondie, de dénaturer l’Histoire des Maghrébins de Nouvelle-Calédonie. Certains, par manque de connaissance et de rigueur, n’étant pas en mesure scientifiquement de fournir les lieux de naissance de l’ensemble des déportés, se sont risqués à donner une connotation ethnique et régionaliste à leur article ou à leur ouvrage. Pour ces derniers je les invite à consulter les listes entières des déportés pour découvrir que ces derniers provenaient de l’Algérie entière, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud jusqu’aux limites frontalières de la Tunisie et du Maroc.

La science n’a pas pour but de se suffire à elle-même, son but est d’être au service des Peuples et de l’Humanité. Etant spécialiste de l’Océanie sur la question des Maghrébins du Caillou, leur condition politique et historique et les atouts culturels de leur organisation font partie intégrante de leur condition calédonienne.

Mélica Ouennoughi

Docteur en anthropologie historique

Chercheur-Enseignant

Sur le bagne des Algériens Maghreb/Océanie.

Laboratoire d’Histoire contemporaine

Université de Nouméa.

Résidence Bourail - Nouvelle-Calédonie

email : melica.ouennoughi@gmail.com

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria