Amazigh Kateb de retour sur scène Interview du chanteur par Djamel Belayachi

, par  Farid Righi , popularité : 1%

Bonne nouvelle pour les fans d’Amazigh Kateb. L’ex-leader de Gnawa Diffusion renoue enfin avec la scène, après un an d’absence, un an de voyages et de rencontres. En tournée jusqu’à la fin août, le chanteur s’attellera à faire découvrir ces nouveaux titres sur les scènes de France et d’Algérie, où il posera ses bagages pour trois concerts à l’occasion du Festival panafricain de juillet. Son tout premier album solo sort le 17 octobre prochain. Un choix de date qui n’a rien d’anodin, puisqu’elle marque le 48ème anniversaire du massacre du 17 octobre 1961, commis contre des immigrés algériens qui étaient sortis dans les rues de Paris pour réclamer l‘indépendance de leur pays.

L’album est aussi l’occasion d’aller à la rencontre du verbe du père, le dramaturge Kateb Yacine, dont il chante deux poèmes de jeunesse. Côté sonorités, ceux qui connaissent le travail de Gnawa diffusion ne seront pas surpris. Le brassage ethnique (chaâbi, reggae, ragga, raï, électro) reste de mise. Mais les instruments devraient cette fois-ci se faire plus discrets au profit de la voix et du verbe incisif du chanteur. Interview.

Afrik.com : Dans votre parcours solo vous poursuivez le travail de brassage autour du gnawi fait avec Gnawa Diffusion. Quel est donc la différence entre votre musique actuelle et celle de votre ancien groupe ?

Amazigh Kateb : C’est un travail recentré autour de la voix et du texte. J’avais 20 quand j’ai débuté avec mon premier groupe. J’avais du mal à m’imposer avec des musiciens qui avaient 15 ans, 20 ans d’expérience derrière eux. Du coup, ma voix était couverte par la musique. Je m’en suis aperçu petit à petit, en faisant des albums. En live, on m’a souvent fait la critique qu’il était difficile d’entendre le texte.


Afrik.com
 : parlez-nous un peu des musiciens qui vous accompagnent dans cette aventure ?

Amazigh Kateb : Je suis accompagné de musiciens de Gnawa Diffusion : Mohamed Abdennour, alias P’tit Moh, au mandole, banjo et guitare, et Amar Chaoui, aux percussions. Il y a aussi Mehdi Ziuouech, aux synthétiseurs, et DJ Boulaone, qui est un scratcheur fou. On aborde des ambiances chaabi, gnawi, ragga, reaggae, raï, rock…

Afrik.com : Sur cet album vous chantez des poèmes de Kateb Yacine…

Amazigh Kateb : Oui. Bonjour et Africa, qui sont deux poèmes de jeunesse issus de L’oeuvre en fragments.

Afrik.com : Et qu’en est-il de votre projet de reprendre la pièce de votre père, Mohammed, prends ta valise ?

Amazigh Kateb : J’ai monté le spectacle avec Gnawa à Roubaix, en 2007. Mais il a été annulée, ça a été un sabotage total. On n’a même pas pu faire une première. Le spectacle a été censuré par le maire, parce que la pièce parle de la guerre d’Algérie. Le projet nous a quand même permis de fixer la mise en scène. Un jour, peut-être, on pourra remonter le spectacle.

Afrik.com : Un album enregistré, un premier single sorti, une tournée, mais pas encore de contrat avec une maison de disques….

Amazigh Kateb : Parce que je n’aime pas faire de démarchage. Après Gnawa diffusion, j’ai pris une une année sabbatique où j’ai voyagé, vu des amis. A un moment, j’ai senti qu’il fallait attaquer le travail. Je n’allais pas me freiner et me dire : « il faut que tu trouves une maison de disques ». J’ai donc enregistré mon album avec mes petites économies. Je me donne ainsi les moyens de n’attendre personne. D’un autre côté, je préfère faire une tournée avant de sortir l’album, pour faire connaître les nouveaux titres. J’ai 29 dates de prévues. Cela montre au moins que les programmateurs ont de l’estime pour mon travail.

Afrik.com : Comment expliquez-vous le fait que vous ayez droit de cité en Algérie, avec votre discours politiquement très incorrect ?

Amazigh Kateb : Je fais quand même attention à ne pas citer de nom. Même si les gens comprennent de qui il s’agit. D’autre part, à partir du moment où un artiste sert de vitrine plus qu’il ne gène, on le laisse faire. Mais déjà, on a eu beaucoup de sabotage, beaucoup de concerts annulés. Il y a aussi quelque chose de bon dans le côté chaotique du système algérien. Comme les bus qui arrivent souvent en retard, en Algérie la censure arrive aussi en retard. Ce n’est pas comme dans un pays totalitaire classique où la censure est systématique. En Algérie, parfois tu ne dis rien et il ne l’arrive que des m…

Afrik.com : Après Bush met, en novembre 2008, vous vous apprêtez à sortir un deuxième single. Qui est ce mystérieux Michel Choukran ?

Amazigh Kateb : Michel Choukran est un personnage que j’ai rencontré en Egypte. Il m’a fait penser un peu aux immigrés d’ici mais à l’envers, parce qu’il est d’origine européenne. C’est un blond aux yeux bleus, mais avec des manières d’Egyptien. Le gars quand il parle, on dirait un film égyptien (rires ). J’ai donc écrit une chanson sur lui, sauf que, lui, il ne l’a pas bien pris. Il a écouté le truc, il m’as dit : « pourquoi tu dis que je fume du crack dans la poubelle ? »

Tiré de afik.com

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