"Bibans" ouverts sur la culture

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Un salon des arts plastiques s’est tenu à BBA. Celui-ci a été inauguré par Abderrahmane Kadid, wali de Bordj, accompagné des autorités locales. Il a drainé un public nombreux et varié qui a eu l’occasion d’étancher sa soif de culture. Une soif manifeste qu’on a pu lire chez tous les visiteurs.

Le duo UNAC-Harmonia

Le tempo de ce grand rendez-vous a été donné par le duo UNAC-Harmonia (association culturelle de la wilaya de Bordj Bou Arréridj) avec le renfort des plasticiens d’une vingtaine de wilayas dont les délégations sont venues en force, comme Constantine, Jijel, Sétif, Guelma, Tébessa, Souk Ahras, Oum El Bouaghi, Tizi Ouzou, Béjaïa, Annaba, Ghardaïa, Mostaganem, Bouira, Alger, M’sila, Tiaret, entre autres.

Près de 150 œuvres d’une cinquantaine d’artistes ont garni les cimaises et les chevalets des deux étages de l’espace d’exposition mis à la disposition par les organisateurs de la maison de la culture Mohamed Boudiaf. Une infrastructure située au cœur de la grande ville qu’est devenue BBA, une ville industrieuse, pétillante de dynamisme. Cette infrastructure remarquable par son modernisme et sa fonctionnalité a permis la déclinaison d’un programme riche et consistant avec des activités pluridisciplinaires : arts visuels (peinture, sculpture...), arts dramatiques, musique.

La rutilance des cimaises

Les œuvres (tableaux, sculptures, reliefs) exposées ont été, tant pour nous que pour les visiteurs, d’une grande opportunité qui nous a permis d’apprécier la qualité du cru 2005. Nous avons pu, ainsi, découvrir de jeunes talents, enregistrer des confirmations d’artistes révélés lors de précédentes expositions et de renouer avec le plaisir de nous délecter des travaux d’artistes reconnus anciens et moins anciens, parmi lesquels certains n’ont pas manqué de retenir l’attention des regardeurs, notamment M. Adane, S. Hioun, A. Haddad, M. Massen, A.Arroussi, L. Hakkar et autres. Ces travaux sont représentatifs de tous les styles dont on peut citer le naïf (Guedouchi), l’hyperréalisme revisité (Chaâbni), la miniature (Aïcha Haddad), les reliefs (M. Massen, dont l’exergue de l’œuvre principale est emprunté à Kateb Yacine. « Un peuple se mit à marcher un 1er Novembre »), les collages (A. Arroussi avec son œuvre lancinante Prisonnier de guerre), l’émail sur plaques en cuivre (A. Adane, auteur de fresques immenses, par leur qualité et leur surface, qui ornent l’aéroport Houari Boumediene de Dar El Beïda), la déclinaison du signe (N. Chegrane), l’identitarisme (L. Hakkar et S. Bensalem), l’exubérance chromatique tachiste et gestuelle (Zahnine), l’abstraction brancusienne (N. Bensaïd), l’expressionnisme semi-abstrait (L. Guedri), le naturalisme (Manaâ), l’épure des rondes-bosses (S.Chawki).


Confirmations et promesses

Parmi les confirmations d’artistes nous pouvons citer Zakhnine et Bensalem, chevilles ouvrières de l’association Harmonia (le second étant animateur d’une école de peinture à la maison de la culture Mohamed Boudiaf), T. Benthabet (expressionnisme), B. E. A. Missoum (condition de la femme dans une expression naïvisante), K. Zireg, sculpteur assemblagiste (œuvre allégorique en fer déclinant l’histoire de l’Algérie),

M. Krim (interprétation surréalisante de certains versets coraniques, œuvres déjà vues en juillet 2004 à la galerie Mohamed Racim de l’UNAC à Alger.

Quant à A. Gouaïch, professeur d’histoire de l’art et de miniature à l’Ecole des beau-arts de Mostaganem, il offre à notre délectation trois miniatures revisitant l’art et la manière de transcender cette expression. Il y introduit un langage renouvelé tant dans la thématique que dans l’architecture graphique qui nous réconcilie avec ce genre. Il y instille une certaine dose de baroquisme et y aborde des sujets qui chantent l’identité et l’authenticité du terroir. Il nous familiarise avec la miniature à laquelle il est en train de donner un nouveau souffle en la rendant moins aristocratique et plus « chaâbia ». Un travail de recherche et de découverte (pour lancer un clin d’œil à Picasso) à encourager pour donner à un pan de notre culture le dynamisme et le relookage qu’il requiert.

Par ailleurs, Boucenna nous ouvre les horizons de son imaginaire empreint d’un lyrisme romantique prégnant. Les cinq tableaux qu’il expose nous invitent à un long voyage dans le temps et dans l’espace conjuguant de manière poétique la génétique culturelle de notre méditerranéité. Ces deux artistes ont animé, comme l’auteur de ces lignes, des débats très suivis sur l’authenticité et le patrimoine, clôturés par la projection d’un film analytique sur l’œuvre de Van Gogh qui a donné au programme un pertinent caractère didactique que beaucoup ont apprécié.

Parmi les révélations, il y a lieu de signaler quelques drageons parmi le grand nombre de nouvelles signatures, comme S. Madani avec des œuvres empreintes d’un identitarisme qui semble avoir essaimé à travers le pays, et C. Kaâbouche qui, avec Médisance et Patrie blessée nous donne à voir deux œuvres lancinantes par leur expressionnisme mâtiné de matiérisme.

La diagonale de la culture

Après la traversée des arts plastiques, les organisateurs ont décliné la diagonale de la culture vers les arts de la scène en prévoyant la programmation d’une pièce théâtrale jouée par la troupe Masrah Ettadj de Bordj Bou Arréridj qui a puisé dans notre patrimoine oral pour nous concocter un Djeha revisité, relooké, modernisé qui a permis de mettre en exergue un puissant professionnalisme déjà apprécié par les publics de certains pays étrangers (France, Turquie, Roumanie, Serbie), où elle a été jouée avec succès aussi bien en arabe, en français qu’en anglais. Cette troupe, créée en 1989, nous a surpris par la grande qualité de sa prestation. Elle nous a donné le privilège de découvrir cinq acteurs chevronnés qui nous ont offert une heure de bonheur. Il s’agit de Halim Zeddam, Rabia Guichi, Nouari Radjaï, Sofiane Attia et Ali Bedjou, cinq lascars, cinq briscards qui s’entendent et dansent comme larrons en foire pour le grand plaisir des spectateurs et qui ont bien mérité l’oscar de nos applaudissements.

Dans l’antre de « Cobra »

La cérémonie de clôture a été présidée par le wali de Bordj, Abderrahmane Kadi, en présence des autorités locales ainsi que des élus. Les artistes ont été honorés par des attestations de participation et des cadeaux ont été remis à chacun d’eux, gracieusement offerts par le sponsor du salon, un fabriquant d’appareils électroménagers qui nous avait ouvert les portes de son unité pour une visite guidée par son directeur Noureddine Laâlami. Cette unité a emprunté son sigle à « un serpent venimeux, membre de la famille des élapidés, dont certaines espèces dépassant quatre mètres de long... appelé serpent à lunettes en Inde » (dixit Larousse). Ce sponsor a su sortir de l’antre des sentiers battus pour aider à la réalisation d’une manifestation qui fera date dans l’histoire culturelle de la ville que d’aucuns nomment, non sans un brin de nostalgique affectivité, « BBA » qui, pour la circonstance, et pendant trois jours, est devenue « BB’Arts », une ville de l’Algérie profonde qui a su ouvrir, grands, les Bibans (portes) de la culture.

Une galerie Aïcha Haddad

Ce 2e Salon des arts plastiques, magistralement orchestré à la maison de la culture Mohamed Boudiaf, a revêtu la dimension d’une manifestation nationale (et non plus régionale) que les recommandations présentées par les artistes au cours de la cérémonie de clôture ont mise en exergue. En effet, au cours d’une séance de travail présidée par le dynamique directeur de cette infrastructure (Samir Thaâlbi), les artistes ont retenu une dizaine de propositions dont les principales méritent d’être rappelées : institutionnalisation de ce salon qui deviendra annuel et s’appelera « Salon national des Bibans », ouverture d’une école régionale des beaux-arts, création d’une maison de l’artiste destinée à accueillir des résidents nationaux et étrangers, celle-ci pouvant être érigée avec le concours financier des grands sponsors locaux, ouverture d’une galerie d’arts plastiques portant le nom emblématique de Aïcha Haddad. Ces propositions ont reçu un aval de principe que le wali a annoncé dans son allocution. Il faut noter que la famille de Aïcha Haddad a été l’invitée d’honneur de ce salon et qu’elle a été entourée de tous les égards que lui ont prodigués les autorités locales, les organisateurs, les artistes et le sponsor. L’ombre de notre défunte plasticienne nationale, qui n’a pas cessé de planer sur cette manifestation culturelle, a fait réagir une de ses sœurs qui nous a confié : « Maintenant, Aïcha est vivante parmi nous ».


L’hospitalité et la générosité

Bordj Bou Arréridj est traversée de part en part par une grande et large avenue, l’avenue Houari Boumediene, au cœur de laquelle se trouve la Maison de la culture. Elle est ponctuée par deux grandes statues, œuvres d’un artiste algérien. L’une représente un moudjahid tendant les clefs au passager, l’autre un fellah avec une faucille à la main, fauchant des gerbes de blé qu’il tend au visiteur. Deux gestes emblématiques d’une wilaya opulente, riche de son glorieux passé. Ils nous disent l’hospitalité et la générosité qui ont toujours caractérisé les provinces de l’Algérie profonde, deux valeurs cardinales de notre génie patrimonial.

Les 22, 23 et 24 mai 2005, la maison de la culture Mohamed Boudiaf était hospitalière, généreuse, conviviale, joyeuse, heureuse. Elle était belle. Très belle.

Mohamed Massen Artiste plasticien-juriste

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria