Karim Tabbou (Premier secrétaire national du FFS) : « Nous avons défié le mur de la terreur »

, popularité : 2%

Le FFS a organisé des meetings et des manifestations ce week-end pour appeler au boycott de l’élection présidentielle. Pourquoi avoir attendu la dernière semaine de la campagne électorale ? Est-ce une volonté de la part du FFS d’effacer le passage du président candidat ?

Tout d’abord, les meetings étaient organisés dans le cadre d’un programme d’activité fixé par le parti. Il est vrai que la première semaine, nous avons buté sur le refus de l’administration de nous délivrer des autorisations à Sidi Bel Abbès, à Batna et dans beaucoup d’autres wilayas. Contrairement aux affirmations de Zerhouni qui, officiellement, avait déclaré qu’il autorisait les activités de l’opposition, des ordres, des notes et des instructions officielles ont été donnés aux walis pour empêcher et interdire totalement les activités du FFS. Ce qui a fait que cette semaine, nous avons programmé nos activités sans tenir compte de l’avis de l’administration. Par conséquent, nous avons décidé d’investir la rue et de défier les autorités de Zerhouni. D’autant plus que si vous vous souvenez, Zerhouni avait déclaré que l’opposition était autorisée à mener des activités pour peu qu’elle trouve la population à qui parler. Nous avons montré et fait la démonstration que nous mobilisons la population, et nous avons fait cette démonstration à Béjaïa, à Tizi Ouzou et encore plus à Beni Ouartilène dans la wilaya de Sétif. Nous avons démontré que nous sommes aujourd’hui la force qui a réussi, sans payer les gens, sans recourir à la corruption, ni aux moyens de l’Etat, sans recourir à l’importation de la population, à prouver sur le terrain que nous avons une capacité de mobilisation qui dépasse totalement les prévisions du pouvoir.

Pourquoi cette concentration de la mobilisation et des marches en Kabylie ?

Il ne s’agit pas d’une histoire de concentration de marches en Kabylie. Nous en avons fait la démonstration à Sétif et Bordj Bou Arréridj aussi. Malheureusement, nous sommes un parti qui subit les restrictions, même d’une certaine presse qui ne veut pas rapporter la réalité du terrain. D’ailleurs, jeudi, j’étais à Tizi Ouzou et à Béjaïa et, hier, à Sétif et Bordj Bou Arréridj, et ce samedi je serai à Tiaret et Ghardaïa. Vous voyez bien que notre activité est une activité ordinaire fixée suivant un calendrier. Même s’ils ont réussi à nous empêcher de tenir nos activités à Jijel, à Sidi Bel Abbès et à Batna, nous avons quand même pu arracher des actions concrètes sur le terrain. Des actions de mobilisation défiant le mur de la terreur, de la peur et cette logique uniciste qui est imposée aux Algériens. Nous avons pu en tout cas, que ce soit à Sétif ou à Béjaïa et Tizi-Ouzou, rendre la parole à la rue. Nous avons pu sortir la politique des salons d’Alger pour la mettre dans la rue.

Votre campagne pour le boycott se poursuivra-t-elle jusqu’au 9 avril ?

Bien évidemment ! Nous allons déployer tous les moyens dont nous disposons, même si nous subissons toutes sortes de contraintes et de persécutions, allant de la manipulation locale à la fomentation de démission de militants du FFS. Je viens d’apprendre que des militants ont démissionné à Chlef dans une commune où nous n’avons jamais eu de militants. Aujourd’hui, à chaque fois que quelqu’un veut se faire acheter par le pouvoir, il se proclame militant du FFS. Il n’est militant du parti que le jour de sa démission. Que dire des ordres qui ont été donnés aux services de sécurité de ne laisser aucune affiche du FFS collée ? Que dire aussi des militants de Béjaïa et de Tizi Ouzou arrêtés ? Ou encore du siège du FFS à Bordj Bou Arréridj qui subit actuellement un véritable encerclement par les services de sécurité ? Tous ces actes ont pour but de dissuader les militants du parti. Bien au contraire, ils ne font que renforcer la détermination de nos militants. Revenons à la question de savoir si nous l’avons fait pour effacer le passage de Bouteflika. Je dirais que nous avons plutôt prouvé que dans cette région les populations sont attachées à leur dignité et à leur honneur et plus que jamais elles seront mobilisées pour dire non au mensonge électoral et non au bricolage.

Que pensez-vous du choix du RCD d’opter pour le drapeau noir en signe de protestation contre cette élection ?

Je pense que le RCD vient de porter gravement atteinte à l’un des symboles qui est l’emblème national, et pire encore, il vient de donner un créneau exploitable par le régime. Nous avons vu comment se sont manifesté toutes les organisations du pouvoir pour faire de l’acte du RCD un moyen de mobilisation. C’est vraiment un cadeau offert par Saïd Sadi au régime que de lui donner cette occasion d’essayer de détourner le sens du boycott de tous les Algériens et d’en faire un moyen de mobilisation autour d’un symbole. Encore une fois, le régime se voit repêché par Saïd Sadi, qui joue bien son rôle dans des moments comme celui-là et qui sert bien les intérêts du régime. C’est vraiment pervertir le sens du boycott que de donner l’occasion au régime d’alimenter une campagne qui n’a pas mobilisé la population, en jouant sur les sentiments patriotiques des Algériens.

Par Nadjia Bouaricha, El Watan

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria