Amirouche, les fils de fellaghas et les chasseurs alpins AMIROUCHE HANTE L’ESPRIT du CAPITAINE LEGER

, par  Abdenour Si Hadj Mohand , popularité : 2%

Le Capitaine LEGER , engagé par les renseignements français de venir à bout de la guerilla organisée par le vaillant et Redoutable chef militaire : le colonel Amirouche. Le Capitaine Leger , méconnaissant la superiorité de l’intelligence du combattant de l’ALN , se vantait déjà , non seulement de pouvoir l’éliminer, mais de l’offrir à ses superieurs, capturé vivant...

Je me souviens très bien de ce jour, vers les années 1960. Alors que nous étions campés tous ensemble , mes frères et mes cousins , au champ dit tamazirt – sur le versant sud du village Iferhounene – à 150 mètres seulement face au camp du même nom. Nous étions en train de garder l’unique chèvre qui restait de notre bétail, de notre fortune laissée par nos parents happés par le colonisation, lorsqu’une compagnie complète composée de soldats français d’origine européenne et de quelques harkis notoirement connus passait juste devant nous, en colonne par un, en direction de leur bivouac. Le hasard n’a pas pu éviter l’événement sempiternel de se produire à ce moment précis, cette chamaille qui mettait souvent aux prises, de façon presque cyclique telle un syndrome pathologique, mon cousin abderazak 10 ans à peine et, son frère abdenour 8 ans. – la bataille faisait déjà rage entre les deux frères ennemis quand les premiers soldats venaient de franchir l’endroit où nous étions surpris par cette file indienne de roumis égrenée de harkis.

Mouloud, mon cousin l’intrépide , le nerveux aux réactions épidermiques, a la mémoire prodigieuse-il avait tout de même et surtout une facilité déconcertante à retenir les noms des personnages célèbres ou de ceux de larrons que des événements ont rendus tels,à des occasions exceptionnelles - C’est ainsi qu’il pouvait retenir dans sa petite mémoire d’enfant indigène non seulement tous les noms des harkis de la région mais aussi et particulièrement des hauts gradés du FLN et de l’armée française de l’époque - nous étions déjà en 1960-et notre enfant terrible n’avait que 8 ans- soit deux ans de moins que moi-même.

Des noms comme celui De Gaulle, de Lacoste, ou encore Eisenhower (américain) n’avaient aucun secret pour lui. Messali Hadj, Abane Ramdane ou autre, non seulement il les connaissait très bien mais il pouvait leur adjoindre les caractères saillants de leur personnalité, de leur physionomie.

Ainsi De Gaulle pour lui, était très long et avait un nez qui était hors du commun. Il disait souvent pour ironiser à quelqu’un qui le contrariait qu’il avait le nez De Gaulle. Ou bien encore les yeux de tel autre personnage.

Mais celui–ci dont il finit par adopter définitivement le nom pour en faire une idole, au point de ne jurer que par sa tête était le redoutable Amirouche connu sous le surnom de Lion du DJURDJURA- pour lui les héros ne meurent jamais, quelque soit la puissance de leurs ennemis.

Cet enfant intrépide, qui ne se souciait de rien n’a pas raté l’occasion inespérée, à ce moment précis, à l’endroit même où la compagnie venait de passer devant nous à quelques mètres seulement, pour se mettre à gueuler en vidant sa colère incontenable sur son frère qui le taquinait, en ces termes, à très haute voix et de façon très distinctive : « je jure sur la tête de Amirouche que je vais te tuer, oh abderazak de m… ! Je vais d’écrabouiller ton portait de Mohand ath M., harki !

Va tu n’es pas mon frère, tu es plutôt le frère à Ouali Ath O. ! » Cette avalanche de mots débitée sans interruption à voix porteuse n’a pas manqué d’attirer le regard de tous les soldats qui étaient à proximité du lieu où se déroulait la bagarre entre les deux ennemis et non moins frères de père et de mère.

A cet instant précis- et comme à la parade, telle des joueurs de baby foot guidés par le même mouvement, tous les regards se tournèrent brusquement vers l’endroit d’où fusait ce terrible nom de Amirouche, d’une voix aigue et vibrante en même temps.

Une sorte de réflexe conditionné avait saisi subitement la file de soldats qui s’était retournée comme s’ils s’apprêtaient à découvrir soudain ce redoutable guerrier en face d’eux , surgir de derrière un arbre , ou à travers un mur de ces mechtas alignées face au camp.

J’avais deviné que tous les soldats F.S.E et F.S.N.A, tous grades confondus ou simples hommes de troupe connaissaient parfaitement le terrifiant nom de Amirouche. Enfant indigène de surcroît inculte que j’étais à cet âge car, privé de tout, j’avis vite compris l’ampleur du combat que livrait ce redoutable guerrier à une puissance pourtant surarmée. J’ai surtout compris que la suprématie, dans un conflit armée, ne résidait pas seulement dans la puissance de feu mais qu’aussi dépendait de l’audace et de l’intelligence des chefs militaires. En un mot de la stratégie dans la manière de livrer bataille à son ennemi. C’est cela la guérilla. L’onde de choc qui s’était répandue au sein de cette compagnie était telle que, nous, enfants insouciants étions d’un coup, saisis de perplexité - une atmosphère de méfiance, inexplicable, contagieuse s’était soudainement répandue autour de nous suivie d’un silence effrayant tant du coté de tous ces éléments de l’armée d’occupation que du coté de ces enfants indigènes que nous étions- tous âgés entre 7 et 10 ans.

Nous avions tous compris à ce moment soldats français et enfants de fellaghas que nous étions, qu’un monde séparait nos deux races, nos deux cultures, et surtout nos deux philosophies, nos deux religions. Ils sont les envahisseurs, nous sommes les autochtones, les propriétaires des lieux. Ils sont là pour nous asservir, nous exploiter, nous voler, nous martyriser. La terreur du colonel, était le remède au système inique, violent, criminel, qui s’installait progressivement dans notre pays. 4 ans déjà que le camp d’iferhounene a été installé chez nous, la situation allait pour nous de mal en pis :

Frères et pères tués, oncles emprisonnés, biens saccagés, il ne subsistait pour nous que les chamailles de frères et sœurs livrés à eux –mêmes et sans ce précieux intermédiaire conciliateur, nos pères. Il ne restait pour nous que la guerre, sans autre issue que la mort .Mon père avant de mourir nous a légué cette phrase lapidaire : « maintenant que Amirouche est mort, qu’il ne subsiste aucun d’entre nous ! Mourrons tous, car c’est l’unique alternative qui nous est laissée. Le colonialisme vit au détriment du colonisé. Il l’avilisse, il le martyrise, il l’appauvrit en un mot le détruit progressivement »

Nous, enfants indigènes et aussi enfants de fellagas, nous étions prédestinés à une autre vie.pas celle de pacifiés, assimilés aux européens. Nous sommes mis dans un état de rébellion pathologique par les conditions de dénuement total qui nous sont imposées par l’envahisseur.

L’école française que nous avions commencé à fréquenter n’a fait que réveiller en nous les braises d’un feu mal éteint : la haine de celui qui nous a privé de tout : d’abord de l’affection de nos pères, ensuite des moyens de survie. Nos biens ont été lapidés et nos maisons confisqués. La puissance coloniale, aura réussi, de reproduire en nous, enfants innocents, ce que, eux, appellent par confusion délibérée, préméditée, des futurs terroristes que par conséquent il faudra, tôt ou tard penser à éliminer. Des Rebelles à vouer à la corvée de bois.

La corvée de bois ! Quelle subtilité barbare ! comment , l’esprit d’enfants d’indigènes insouciants peut il admettre , que l’on puisse montrer sa force , sa puissance devant un homme sans arme, et pardessus tout faire croire à l’humanité toute entière , à l’histoire de l’homme , que le condamné, victime d’une exécution préméditée , sans aucun jugement , qu’il a tenté de fuir. Pis encore, l’infortuné est tué avec cet espoir d’être libéré pour retourner à ces enfants chéris qui l’attendent pour continuer à vivre

Comment des dirigeants d’une puissance militaire, d’une nation qui a vu naître et grandir les droits de l’homme, puissent-ils admettre que de tels crimes aient lieu sous leur commandement ? Peut être avaient ils été les commanditaires ? Quelle grandeur pourrait on reconnaître à ces stratèges politiques et militaires qui ont été formés dans les écoles de Victor Hugo, Ronsard, Montaigne, Voltaire et Pascal ? Mon Dieu, quelle sauvagerie est cette culture occidentale ?!

Et ces soldats français, dont la plupart avaient moins de 30 ans, peut être à peine 20 ans malgré proches de nous, en tant qu’êtres humains pensants, n’avaient ils pas d’autres alternatives que celle de nous réduire à néant. Ils étaient en fait conditionnés pour cette mission. Il ne faut pas leur en vouloir, car moi même j’ai été jeune, et de surcroît orphelin et fils de fellagha, je ne suis pas un saint, et pourtant je me souviens que mon seul péché était de dévaliser l’école primaire de ces plus jolis livres pour en arracher les images. Rien que cela. Je n’ai pas tué et préfère pour cela mourir que de mettre fin à la vie d’un être humain. Ces jeunes français appelés, sont pour la plupart comme moi, j’en suis sur. Pour preuve de soldats dont je n’ai retenu que le prénom ont pris notre partie. GUY, Marcel, Robert, Madame Boucher, femme d’un non moins lieutenant de SAS, étaient des soldats français FSE .Ils nous ont protégés et protégé nos mères et nos sœurs. Cette compassion des appelés français, enseignants, m’a évité de faire la confusion plutard entre les crimes, les nazis et les soldats français et réussit à faire la part des choses.

De ce coté là, paradoxalement, tout en tant un musulman entier, j’appliques le commandement qui est pourtant adressé aux chrétiens : tu ne tueras point !

Ces soldats FSE prendront assurément conscience de leur erreur plutard….quand le moment de la remise en cause inéluctable viendra. L’heure de vérité sonnera pour eux quand ils seront proches du tombeau. et feront leurs adieux aux vivants ici bas.

Mais que dire alors des harkis qui ont choisi , volontairement , ou sans se rendre compte de se positionner contre leur propre peuple , leurs propres frères, pour défendre une cause perdue d’avance, une cause injuste , des intérêts d’une nation en proie aux difficultés socio économiques. Et même les citoyens français engagés, temporairement, n’arrivaient pas a justifier vis a vis de leur conscience leur engagement, leur prise de position en faveur de l’Algérie Française. Ils étaient et continueraient à mourir pour certain pour des idéaux, des enjeux qui ne les touchaient ni de loin ni de près. Ils servaient un système qui perpétuait la domination et la servitude des hommes favorisés et bien servis par le système non moins exploiteur, non moins injuste et non moins ingrat déjà à l’égard de ses propres membres qui s’efforcent en vain de croire malgré eux , en l’honneur de la France dans cette affaire d’extermination d’ autres hommes, d’asservissement d’autres femmes et d’ enfants d’un pays soumis par la force et la tyrannie, le leur qui , leur a volé leur jeunesse , pour un résultat inutile., pis !déshonorant.

Pour ces français, harkis ou fellaghas, ce sont les mêmes doigts d’une seule main qu’il faut à défaut d’exploiter, éliminer.

Le colonialisme porte en lui les germes de sa propre négation, Amirouche était devenu un Dieu dans l’esprit de ces enfants indigènes, orphelins, ou privés de l’affection de leurs pères croupissant dans les geôles depuis déjà plusieurs années. Ils seront les futurs fellaghas, si la guerre venait à perdurer.

Le cas de 7 enfants alignés là devant cette puissante compagnie de chasseurs alpins, avec à leur tête un lieutenant foudre de guerre, livrés à eux-mêmes, se chamaillant pour briser la domination de leurs aînés, sous l’œil indifférent de ces chefs de guerre, roumis, mais ébranlés par cette culture terroriste qui classe l’enfant indigène kabyle déjà dans sa destinée de future fellagha, l’opposant du coup à celui des harkis. C’est cela ce que la propagande coloniale appelle l’opposition, ou le conflit fratricide.

Les noms de harkis tels que DOUMRA, OUALI ATH O…, MOHAND T., MOHAMED ATH M.. étaient déjà entrés dans la langage populaire, mais comme surnom chargé de tout leur poids péjoratif et il n’était pas surprenant de vous entendre, en ces temps de guerre, surnommé par des noms authentiques mais usés comme simple sobriquet. Amirouche, même mort, par contre comme disait CONROUX continuait de faire peur. C’est le symbole de la justice forte, efficace opposée à la force tyrannique du colonisateur.

Amirouche, mort ou vivant a réalisé son objectif, celui de faire prendre conscience à son peuple que le mythe de la supériorité de l’envahisseur, désormais n’existe plus, que l’ennemi colonisateur n’est plus assuré des sa victoire dans son dessein diabolique d’instauration, contre la nature des choses, d’une Algérie française au risque d’aboutir à une « France nord africaine » ou des FSNA revendiquent une origine qui n’en est pas une, à tout égard.

Je m’immisce dans des affaires françaises, car l’histoire m’y oblige.

Par Abdenour Si Hadj Mohand

IMPORTANT : Pour obtenir les ouvrages sur les témoignages authentiques de la guerre d’Algérie (Kabylie) :

1. fils de fellagha

2. la guerre franco algérienne dans la poésie kabyle

3. la guerre vécue par un chasseur alpin ‘ iferhounéne-Kabylie)

4. les troupes du colonel Amirouche, les chasseurs alpins et les harkis

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