Les chômeurs, entre promesses et déceptions

, par  layachi salaheddine , popularité : 1%

Ce sont des jeunes filles et garçons en âge de travailler, qui cherchent du travail après une longue ou moyenne scolarité.
On pourrait croire la chose anecdotique et pourtant 43 422 demandeurs d’emploi ont été recensées par l’Anem au cours de l’année 2015 dans la wilaya de Bordj-Bou-Arréridj, dont les demandeurs attendent désespérément de décrocher un contrat-emploi digne de leurs ambitions. 11 147 demandeurs d’emplois se sont inscrits, toutes disciplines confondues - droit sociologie, lettres arabes sciences-po et ceux issus des centres de formation professionnels : plombiers, électriciens, soudeurs, maçons…

Mais ils ne sont pas toujours sûrs d’être agréés, tant le fossé qui les sépare de ce qu’offre le marché de l’emploi est grand. Par contre, les ingénieurs en hydraulique, en génie mécanique, en travaux publics, les topographes, infirmières, sages-femmes sont très sollicités et restent une denrée rare. Un promoteur économique peine à trouver une secrétaire bilingue et encore moins trilingue (arabe-francais- anglais) et pour cause, la mondialisation impose de nouvelles compétences que l’école algérienne ne fournit pas.

En 2015, l’Anem est arrivée à placer dans les entreprises 744 personnes en contrat à durée indéterminée (CDI) dans les filières suivantes Industries, BTPH, Agriculture et Services et 2530 personnes à contrat à durée déterminée (CDD). En clair, ces derniers ne seront embauchés que pour une durée de 3 et 6 mois avant de se retrouver dans la case de départ celle de chercheurs d’emploi. Le phénomène des diplômés chômeurs ne doit pas être dramatisé à outrance à Bordj-Bou- Arreridj , parce que bientôt la nouvelle zone industrielle Mechta-Fatima abritera 130 industries, et offrira au moins dans les 8 000 emplois.

Cependant, il est clair que le recrutement obéira à des critères de qualification qui répondent à l’outil de travail ; ceux qui auront la chance de décrocher un emploi sont : les TS en électronique, informaticiens, ingénieurs en mécanique soit les filières techniques. Et très peu de licenciés en droit, lettres arabes, sociologie, sciences politique ; ces derniers risqueront de se voir relégués dans la spirale du chômage au même titre que les sans-diplômes. Le drame actuellement est que parmi les 43 422 chercheurs d’emplois, il y a 27 628 sans qualification professionnelle, par conséquent sans diplômes ,ces jeunes rejetés par le système éducatif constituent la population la plus durement touchée par le chômage, la crise économique ayant aggravé leurs difficultés d’insertion sociale. Il y a tout lieu de croire que l’école algérienne a participé aussi de manière insidieuse à la « formation » de futurs chômeurs et de délinquants.

C’est pourquoi il importe de comprendre les raisons d’un tel déclassement et de mesurer l’impact social et politique d’un tel phénomène. Tout prête à croire que nos écoles forment des jeunes sans tenir compte du type d’industrie ou de prestations de services qui sont en perpétuelle mutation. Toutes les villes et villages de la wilaya de Bordj-Bou- Arréridj regorgent de chômeurs diplômés, à l’instar de quelques jeunes qui disent se contenter d’un travail dans le cadre du filet social ou pré-emploi. Pour ces jeunes, le choc est rude, la plupart d’entre eux avaient nourri tant d’espoirs de réussite sociale après leur réussite scolaire, mais en vain. La distorsion entre promesses de la scolarisation et la réalité du monde du travail est amère. Le tout se solde par une grande frustration, à telle enseigne qu’un professeur de l’université d’El Annasser évoque l’émergence d’une « jeunesse déchue », constituée de tous ceux qui pendant leurs études ont intériorisé un certain nombre d’aspirations légitimes et qui arrivés sur le marché de l’emploi se retrouvent dans l’incapacité de réaliser ces aspirations.

Dans le cadre du pré-emploi certains occupent des postes moins valorisants qu’escompté, moins bien rétribués que leurs collègues titulaires. Ces jeunes diplômés sont nombreux à rencontrer des difficultés pour s’autonomiser financièrement et fonder une famille Bien qu’adultes, ils dépendent pécuniairement de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps de leurs parents. Le chômage trouve son origine dans l’évolution de la structure de l’emploi et celle des flux de diplômés qui sont discordantes. Le niveau de qualification exigé sur le marché du travail est très en deçà de ce qu’offre notre système éducatif.

La question est très simple : pouvons-nous continuer de bricoler des mesurettes pour faire survivre un système éducatif sinistré,et largement perverti ? Ou devonsnous, nous attaquer aux fondements de notre système social ?

Layachi Salah-Eddine
Le Soir d’Algérie

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria