Quand Bachir Ibrahimi insultait la kabylie

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Ce qui se passe sur les réseaux sociaux concernant le correspondant d’Ennahar n’est pas un cas isolé ni un phénomène de génération spontanée.
Pour Moahmed Tilmatine, « certaines idées anti-berbéristes actuelles,s’inscrivent en droite ligne dans la continuité d’un conflit, né dans les années 30, entre un groupe de jeunes nationalistes kabyles et la direction du PPA » de Messali Hadj.
Et dès le lendemain de l’indépendance du pays, le jeune Etat algérien a jugé nécessaire de faire table rase du passé, en éliminant purement et simplement la composante berbère, aussi bien au niveau de l’histoire, l’histoire de l’Algérie commence au VII siècle pour les arabo-islamistes de Ben Badis et de son successeur Bachir Ibrahimi, que des arabo-baathistes de Ben Bella à Boumediene. Et dans la réalité, par la mise en place d’une politique d’arabisation à outrance.

Bachir Ibrahimi : "Quelle est cette voix hideuse qui s’est élevée à la radio algérienne"

Après la mise en place de radio chaine 2, il déclarera ceci :
« … Quelle est cette voix discordante qui nous écorche les oreilles de temps à autre … Quelle est cette voix hideuse qui s’est élevée il y a quelques années à la radio algérienne en diffusant des informations et des chansons en kabyle...La vérité est que la nation est arabe, et que les kabyles sont des musulmans arabes, leur livre, le Coran, c’est en arabe qu’ils le lisent et écrivent en arabe et ne veulent pas d’alternative ni à leur religion ni à leur langue (arabe)... »
Plus loin, il ajoutera pour affirmer son opposition à l’attribution d’une chaine à la langue kabyle : "Mais cette grande majorité (des kabyles) ne possède pas un seul appareil radiophonique, car elle est privée de lumière électrique, tout comme elle est privée de lumière de la science..."

Bachir Ibrahimi signe un tract avec Cheikh Sahnouni, Abdellatif Soltani et... Abassi Madani

Après un long séjour en Egypte, Irak, Syrie et Arabie Saoudite, et une fois l’indépendance retrouvée, le cheikh va regagner son pays, pour instaurer un Etat islamique, car son point de vue est basé sur la chari^a, la loi islamique, et ses diatribes et tracts signés avec Abassi Madani, contre les femmes et le socialisme algérien de Houari Boumediene lui vaudront un placement sous résidence surveillée.
La partie la plus importante de la frange islamiste radicale et terroriste se réclamera l’héritière de la pensée de Ben Badis et de Bachir Ibrahimi.

Bachir Ibrahimi n’est ni le premier ni le dernier à avoir exprimé autant de mépris sinon de la haine envers la kabylie. Que l’islam, de surcroît des oulemas puissent produire de telles idées aux relents souvent xénophobes et racistes demeurent aux yeux de la majorité des algériens un fait dont un "bon" musulman ne peut être capable.

A.Z.

Sources :
Mohamed Tilmatine, les oulémas algériens et la question berbère, revue Awal
Bachir Ibrahimi, revue El Bassair, 1948
A. Yefsah, La question du pouvoir en Algerie, ENAP
R. Rouadjia, le mythe de l’âge d’or islamique, Peuples méditerranéens, 1992

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria