Disparition de Zhor Zerari : une grande figure de la résistance s’en est allée

, popularité : 1%

La grande militante, journaliste et poétesse Zhor Zerari est décédée le 31 août 2013 à l’âge de 76 ans suite à une longue maladie. Née à annaba en 1937, héroïne de la Bataille d’Alger, en 1957, à côté des ses sœurs et frères de combat, elle a été torturée à l’école Sarrouy de Soustara, condamnée à perpétuité à l’âge de 19 ans et incarcérée dans plusieurs prisons françaises. Les tortures qu’elle a subies sont l’œuvre du général Schmitt. Son père est déclaré disparu durant la grève générale du FLN à Alger, après avoir été atrocement torturé.

Zhor Zerari fait partie de cette génération exceptionnelle de jeunes qui se sont totalement fondus dans le combat libérateur. Avec Nadia Gunedouze, Djamila Amrane, Anna Greki et tant d’autres militantes, elle a su donner ses lettres de noblesse à la lutte féminine, en transportant, à travers des barrages militaires, des bombes dans les rues et quartiers d’Alger. Elle le paya par la mise en taule, en séjournant à Barberousse (actuel Serkadji), à la maison d’arrêt d’El Harrach, à la prison de Toulon, de Pau, de Bordeaux et de Rennes.

Libérée en 1962, elle se livra au journalisme, malgré les séquelles handicapantes des tortures qu’elle a subies. Dans les prisons où elle est passée, elle écrivait des poésies. Pendant les événements d’octobre 1988, elle fera partie du comité de lutte contre la torture, sachant qu’elle en fit l’amère et indélébile expérience vingt-six ans plus tôt. En 1963, Denise Barrat, brave femme qui s’est opposée, avec son mari, Robert Barrat, à la guerre d’Algérie, publia une anthologie de poèmes d’auteurs algériens de langue française sous le titre ‘’Espoir et Parole’’. Zhor Zerari figure en bonne place avec un poème mythique qu’elle a écrit dans une cellule Barberousse en 1958 sous le titre ‘’Contre les barreaux« . Pour avoir été élève, en classe de troisième année moyenne, au CEM Amar Ath Chikh de Aïn El Hammam (année scolaire 1976-77), je garde un souvenir exceptionnel, ému et immarcescible de la manière dont nous a été présenté, déclamé et expliqué le poème ‘’Contre les barreaux’’ par notre vaillante enseignante, Mlle Lefgoum Salima. Elle était complètement transportée par l’atmosphère du poème, la force des sensations qu’il dégage et le sentiment inouï qu’il nous communique sur une situation absurde d’une prisonnière chez qui le simple sifflement d’un train, parvenu à ses oreilles dans la cellule, réveille le désir de vie et révèle…l’impuissance de s’y engouffrer.

Au loin,

Un train siffle

Un appel déchirant

Dans la nuit

Il siffle, siffle

Appelle à la liberté,

Aux voyages,

Aux grands espaces

D’où vient-il ?

Où va-t-il ?

Emportant des hommes et des femmes

Indifférents, soucieux, blasés,

Impatients, pleins d’espoirs (…)

L’ivresse de la liberté et l’appel (sifflement) de l’extérieur, vécus comme un baume au cœur, ne sont, à la fin qu’illusion, ou pire, hallucination. La chute du poème est là ; grave. Elle accule dans ses derniers retranchements la prisonnière. La métaphore qui confère une vie presque matérielle aux rêves invente aussi des barrières physiques à ces derniers. La chute sera brutale, insoutenable, livrant l’être à l’état de néant et de déréliction humaine. La chute elle est là :

Mes rêves fous

Se cognent aux barreaux

Se blessent pour retomber

Pantelants dans ma cellule

Le train est déjà loin !
.

Par Amar Naït Messaoud

La Dépêche de Kabylie

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria