Medjana : retour aux sources

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Depuis le début du ramadhan, les habitants de la ville de Bordj Bou Arréridj ont pris une nouvelle habitude. De longues files de voitures prennent la direction de la commune voisine de Medjana, comme si tout ce beau monde s’est donné le mot pour aller à la recherche de quelque chose de précieux.

Des bouchons interminables se forment sur la route qui y mène. Cet intérêt rappelle l’importance de la commune au passé riche et faste contrastant avec le profil discret qui est le sien aujourd’hui. Pourtant elle représente un axe majeur dans l’histoire de la wilaya de Bordj Bou Arréridj et même du pays.
Nichée à plus de mille mètres d’altitude, Medjana a attiré plusieurs civilisations. A l’époque romaine c’était une place forte dénommée Castellum Médianum. Mais c’est à l’époque du sultanat de Medjana qu’elle a pris ses lettres de noblesse se substituant à l’ancienne capitale qui était la Qalaâ des Béni Abbas. Medjana a été également le lieu de résidence du bachagha Mohamed El Mokrani qui l’a choisie pour être le centre de sa révolution de 1871.
Durant la guerre de Libération elle a été aussi un centre actif pour les moudjahidine qui y ont trouvé refuge. Ce qui a poussé les français à installer un camp pour les contrôler.
Mais c’était loin de dissuader les valeureux combattants qui ont remporté une victoire sur l’armée coloniale près de Medjana au lieu-dit Theniet Lekhmiss qui a été rebaptisée Theniet Ennasr par le colonel Amirouche, commandant de la Wilaya 3, dont elle dépendait.
Ce passé prestigieux n’a pas empêché le développement d’une cité moderne qui est devenue un chef-lieu de daïra. L’ histoire reste cependant bien présente dans le paysage avec les stèles érigées par endroits, d’anciennes maisons et surtout cette source qui rappelle le caractère agricole de la cité mais aussi son histoire .
En effet Medjana est connue pour être une région où prospèrent la culture de blé, la production de lait et la viande de qualité.

Une position stratégique à rentabiliser

Les hchems qui la peuplent sont d’excellents agriculteurs. Ce n’est pas pour rien que le couscous de Medjana est apprécié par tous les habitants de la wilaya et même ailleurs.
Ils sont aussi de redoutables guerriers. Ils ont constitué l’essentiel de l’armée du héros Hadj Mokrani et naturellement le gros des victimes de la répression qui a suivi sa défaite. Beaucoup d’anciens habitants de Medjana ont été déportés au bagne de Cayenne, ou en Nouvelle Calédonie.
Medjana qui compte plus de 23.000 habitants est à la porte de la petite Kabylie. Elle est le passage obligé pour les villages et les villes de la daïra de Djaafra. De cette localité on peut joindre directement Bejaia à travers Ighil Ali. D’ailleurs des traditions, des échanges commerciaux et même des relations familiales lient les deux régions.
A vol d’oiseau, il est plus intéressant pour les habitants de Msila et Bordj Bou Arréridj, pour ne citer que ces villes, de joindre la wilaya côtière par Medjana.
Les résidants de la localité rêvent du jour où les vacanciers vont faire halte chez eux, avant de plonger dans la mer.
C’est vrai qu’il existe un projet pour moderniser le chemin de wilaya 42 nord qui traverse la région pour développer les échanges avec les wilayas voisines et désenclaver tout le nord de Bordj Bou Arréridj.
Une réunion a été organisée il y a un mois pour concrétiser cette idée.
Mais ce jour semble lointain même si des intrépides qui ne craignent ni l’étroitesse ni les virages encore moins l’absence d’infrastructures et de fréquentation surtout la nuit ont rendu ce rêve une réalité.

Densité accrue et besoins démultipliés

De cette position Medjana qui ne compte actuellement ni relais ni hôtels pour recevoir les touristes n’a gagné qu’un fort exode avec la venue d’habitants qui ont fui les montagnes environnantes de Djaafra, Ouled Dahmane et Zemmoura. Ce qui a augmenté les besoins d’emploi et surtout de logements. Heureusement que les programmes de l’Etat que ce soit pour le social, le rural et le participatif ont permis d’atténuer une crise devenue aiguë. Tant pis pour le cachet de la localité qui a perdu de son originalité. De nouvelles cités ont remplacé les anciens quartiers avec des maisons en pierres ou en toub avec des toits en tuile et de petits jardins autour.
300 logements sociaux ont été distribués récemment. 150 vont suivre et 500 tous types confondus sont inscrits.
Cette position a posé également un problème d’aménagement urbain. En effet le chemin de wilaya 42 synonyme de point noir selon beaucoup d’habitants est traversé quotidiennement par des camions de gros tonnage transportant de l’argile dont regorgent les montagnes de la région pour les briqueteries situées malheureusement très loin. Non seulement ils créent des bouchons mais ils sont à l’origine de la dégradation de la route.
En attendant sa déviation qui a été prévue dans le cadre d’un programme d’aménagement urbain qui a été retenu avec comme autres priorités la réhabilitation des routes de la ville, l’entretien des espaces verts et la généralisation de l’éclairage public, son exploitation se résume dans le flux des vacanciers de quelques heures.
Les marchands de lait mais aussi de viande et de produits divers profitent de l’envie de se désaltérer des automobilistes venus du chef-lieu et de plusieurs autres communes.
A la source située au centre ville il y avait tellement de monde qu’il était difficile de croire qu’on est en plein ramadhan. Les discussions étaient si animées et l’ambiance tellement détendue que le jeûne était oublié. Autant de regroupements rappelaient les anciennes djemaâs des villages quand les sources étaient avec les mosquées et les souks des centres de décisions et d’intérêts.
Medjana qui a perdu de son lustre d’antan depuis la défaite de Hadj Mokrani redevenait le lieu privilégié des Bordjiens. Les rues situées aux alentours ne manquent pas d’animation. Il était difficile de trouver une place où stationner. Les magasins également étaient bondés.
Les habitants qui étaient bousculés dans leurs habitudes n’étaient nullement gênés par cette situation. Leur hospitalité légendaire n’a d’égal que les qualités naturelles de la localité. A mesure qu’on approche de Medjana le visiteur est gagné par un sentiment de bien-être. Bien-être physique d’abord avec de l’eau abondante qui sort des sources situées à droite et à gauche de la route. Celle du bachagha n’est que la plus connue et la mieux aménagée. La verdure des champs finit par le transporter dans un climat de repos et de satisfaction.
Même au sein de la ville la verdure est omniprésente. Des arbres anciens jalonnent les rues. Ils étaient plus nombreux regrettent pourtant les mêmes habitants qui pensent que leur localité s’est dégradée. Elle était le symbole de la propreté et de l’air pur rappellent-ils emportant leurs interlocuteurs dans une ambiance féerique. Ce qui a poussé l’APC à lancer une campagne de volontariat pour rendre à Medjana sa splendeur d’antan.
Le président de l’assemblée, M. Boussoir Kamel, qui insiste sur cet objectif rappelle qu’aucun programme ne peut réussir sans l’implication du citoyen quelle que soit sa position. Il en veut pour preuve que l’action de solidarité qui a été initiée par l’APC et qui a permis de toucher les plus démunis, la distribution de logements sociaux qui a eu lieu dans de bonnes conditions ou la préservation des ressources de la commune notamment l’eau.

De l’eau partout sauf dans les robinets

Cette dernière qui semble abondante manquait terriblement ce qui est paradoxal. Les habitants n’en recevaient qu’une fois tous les 15 et parfois 20 jours. Non que la matière précieuse était insuffisante mais le laisser-aller qui a touché les forages d’Aghboul qui se trouve sur un site des plus enchanteurs sur les hauteurs de la localité, de Gourek et de Bir Bel Djarou a fait de Medjana une commune dans le besoin. Elle a même bénéficié d’un apport du barrage d’Ain Zada pour faire face à la demande. La réhabilitation des trois forages ajoutée à l’amélioration de cet apport avec la nouvelle conduite qui lie le chef-lieu au barrage a fait que les habitants reçoivent désormais de l’eau dans leurs robinets une fois tous les deux jours. Ils pourront l’avoir quotidiennement si le nouveau forage de Ghanoussia est mis en service. Ce n’est que justice pour une ville qui dort sur une nappe d’eau.

Medjana terre d’agriculture n’est plus ce qu’elle était. Rien que de savoir qu’une zone d’activités y est implantée on note que la transformation est notable. Les élus locaux comptent sur cette zone pour résoudre un tant soit peu le problème du chômage. Une laiterie, une briqueterie et une usine de cosmétiques ont été déjà construites. C’est cette dernière qui est la plus connue même si elle est la plus petite. Shik Algérie qui produit les éléments nécessaires pour les hôtels et les compagnies aériennes a fait connaître le nom de Medjana partout en Algérie. La localité est désormais citée pour ses mouchoirs parfumés.
Pour le reste ce n’est que du béton qui a écrasé des terres agricoles et des camions qui passent entre les maisons puisque la zone industrielle est entourée d’habitations. Bien sûr il est inutile de revenir sur les origines du problème que se lancent habitants, industriels et autorités locales. Mais c’est un fait que Medjana n’a pas connu le développement harmonieux qu’elle mérite.

Manque d’infrastructures de loisirs

Le meilleur exemple de cette situation réside dans le manque de lieux de loisirs puisque nous sommes en plein ramadhan. A part l’hospitalité des gens on n’a pas où aller à Medjana. Les habitants n’ont que les cafés pour se plaindre de cette situation. Ils n’ont d’autre choix que de prendre la destination du chef-lieu pour passer quelque temps en famille.
C’est ainsi qu’un scénario contraire à l’avant f’tour est constaté. Si pendant cette période ce sont les habitants du chef-lieu de wilaya qui vont à Medjana, après ce sont leurs hôtes qui viennent. Ce qui est sûr c’est que la route reste animée surtout après la prière des tarawihs. Là, il est utile de constater que le nombre des mosquées et leur fréquentation est remarquable. Une grande affluence vers les lieux de culte débute quelques minutes après le f’tour. Mais après les tarawihs rien ou presque. L’unique maison de jeunes de la commune suffit à peine pour abriter les activités sportives inscrites pendant la journée. Heureusement que l’ancienne piscine qui ouvre exceptionnellement la nuit permet aux jeunes qui ont envie de se désaltérer de passer un temps agréable. Encore faut-il qu’ils trouvent des places libres.
Quant à la culture ou des espaces de détente dignes de ce nom il faudra repasser dans quelques années.
Pourtant un programme de centres culturels avec des salles de spectacles a été lancé dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj. Mais curieusement Medjana qui a des traditions culturelles n’en a pas bénéficié.
Même un musée pour recréer l’histoire mouvementée et longue de Medjana n’existe pas.
Assurément les talents ne manquent pas à Medjana. La volonté des autorités de la commune pour les aider aussi. Mais les infrastructures font défaut dans cette localité où les habitants ne veulent pas se contenter de rappeler les exploits de leurs aïeux. Ils veulent créer, produire et vivre. Ils ont les moyens. Il suffit de les soutenir et d’arrêter de considérer leur localité comme bonne à donner du lait et de l’eau aussi savoureux soient-ils.

Fouad Daoud

El Moidjahid

Située à 12 kilomètres au nord du chef-lieu de wilaya, Medjana est ceinturée par les communes de Theniet Ennasr, El Achir, Hasnaoua et Bordj Bou Arréridj. S’étendant sur 195 kilomètres carrés, la commune est à vocation agricole. Mais le commerce et même l’industrie commencent à se développer dans cette localité chargée d’histoire.

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria