Les Prénoms (trois) : Femmes de Baya

, par  Laid Mokrani , popularité : 1%

Jusqu’à ce que je rencontre les Femmes de Baya, ce prénom me laissait froid. C’était le début des années 80 et ça coïncidait avec mes visites assidues aux musées d’Alger. La peinture des grands maitres, déjà m’attirait. J’étais si seul dans les galeries .En ville, forcément je m’ennuyais.

Mon ami Idir par contre avait aimé le prénom. Après Najah, ce fut Baya. C’était sa deuxième fille et ça a dû lui avoir chanté un air de blues dans l’oreille droite, ce vieux prénom, pour qu’il le donnât à cette petite rouquine qui lui est née à Cheraga. Moi, c’était plutôt l’amour de la peinture algéroise qui m’avait conduit à Baya .Voilà une autodidacte qui a fait honneur à l’art algérien .Une femme de surcroit, des anciennes générations .Elle avait exposé en France et en Algérie et fut reconnue par des maitres parisiens des années 30, pour avoir crée un univers des plus originaux. Baya, c’est Fatima Hadad .Elle fut la femme d’un grand Cheikh de la musique andalouse à Blida.

Un jour, j’ai tenté d’imaginer une sorte de scène du musée. Comme une rêverie ? Je ne me souviens plus. Avec le temps, il m’a semblé que ce fut une idée plus vaine que futile .Un lieu commun. L’histoire du personnage hiératique du tableau qui traverse l’espace du réel et qui s’en va faire son œuvre .Pourtant la Femme de Baya était bien là dans l’hallucination .Mais en même temps, elle s’est extraite de la toile pour venir avec désinvolture, croitre sur une autre perspective de la perception. Il ne s’agit plus ici d’un effet de la vision, mais d’un excédent de la conscience.

Le personnage ne s’est pas éludé et les couleurs n’avaient point été altérées, malgré les lumières du soleil du matin qui exacerbaient les baies vitrées donnant sur la grande allée. Il n’y avait pas d’ocre. Le bleu du ciel , on pouvait le deviner par l’abondance de ce sentiment de joie que nous procure le florilège des traits .La pose de la charmeuse est un concentré de flânerie dans un jardin blidéen , tel que j’en avais connu quelques modèles ces années-là dans la région .Un espace ombreux que rallie un filtre de lumières , sur l’ondulation et l’exubérance d’une verdure acclimatée.

Dés qu’on sort d’Alger par ses portes Ouest, nous sommes culturellement à Blida, l’ancien pays blidéen . Sa limite est un no man’s land entre les vieilles cités du littoral que surplombent le Chenoua et le Zaccar et le territoire de l’Oranie sigoise , au-delà du Cheliff. Avec ses travaux sur la Mitidja, la France avait bien cadastré le paysage de sa colonisation ; mais en arrière-fond, blotties dans leurs mémoires algériennes, les anciennes communautés citadines ont conservé une survivance d’Andalousie et une indolence de Césarée.

Plutôt qu’on soit transporté des limes de la steppe ou des hauts –plateaux, vers ces lieux de villégiature , on arrive à oublier la pierraille , en s’humectant d’air marin et de jasmin et on se surprend à sentir tout de suite une sorte de fraicheur augurale posée comme un halo sur le mouvement de la vie et le déroulement des journées. Les années de terrorisme ont dû bouleverser bien de choses par ici. Mais en ce temps-là, le Chadlisme avait laissé s’exprimer cette nonchalance antique au soleil, héritée des anciens rois numides qui régnaient à Cherchell .C’est à peu prés ça que porteraient la présence des Femmes de Baya dans l’esprit et qu’évoqueraient quelques souvenirs de Blida ou de Miliana.

Laid Mokrani . (A suivre).

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria