Mokrani

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A l’Est on l’appelait l’aigle de la montagne

où il avait bâti en guise de château

une gaie forteresse entourée de platanes

ouverte aux démunis ainsi qu’aux généraux [1]


Ces lieux ont abrité un vieille noblesse

des siècles perpétuent le nom des Mokrani

la légende le dit enfant d’une princesse [2]

ayant pour grand aïeul le Duc de Montmorency


De retour de la Mecque illustre personnage

il prit part à l’hymen de Napoléon trois [3]

les Turcs lui versaient un impôt de passage

pour pourvoir traverser ses terres sans effroi [4]


Rassemblant ses tribus, des armes, des chevaux

il écrivit ce mot « Je déclare la guerre

aux Français » dès le soir je donnerai l’assaut

la poudre parlera, partez donc de nos terres


Emu, galvanisé par le ton solennel

dépossédé de tout, réduit à la misère

le peuple répondra en masse à son appel

« seul le devoir du sang peut libérer vos terres »


Sanglants sont les combats, et le fracas des armes

de colline en colline éclate et se répand

les cris des combattants fusent dans le vacarme

que de corps putrifiés que de mares de sang


Mokrani foudroyé par une balle tombe [5]

son corps dans le secret bien loin enseveli [6]

son frère Boumezrag acclamé à son tour [7]

conduit les contingents, relevant le défi

et grâce à des renforts venus à son secours

transforme la bataille en horrible hécatombe [8]


Il accourt harcelé de bataille en bataille

harassé, poursuivi, il gagne le désert

pris dans un vent de sable il tombe et découvert

le voilà enchaîné, une prise de taille


Il s’était endormi et relevant la tête

il dit au général devant lui triomphant

« Si je suis capturé c’est grâce à la tempête

jamais vous n’auriez pu me surprendre vivant ».


Puis ce fut le fameux procès de Constantine [9]

où tous les insurgés un à un entendus

après un jugement formel et de routine

vont être déportés tous âges confondus [10]

Boualem Bessaïh, Algérie Belle et rebelle, de Jugurtha à Novembre, ANEP

[1En 1866, les sauterelles s’abattent sur l’Algérie et dévorent orge et blé, il s’ensuivit une grande famine, le typhus et le choléra firent leur apparition et séviront jusqu’en 1868. Mokrani ouvrira ses silos et sa forteresse aux nombreux démunis

[2Une légende sans aucun fondement a longtemps circulé à propos des origines de Mokrani, prétendant qu’il descendait du Duc de Montmorency

[3Hadj Mohamed Mokrani, avait été invité par Napoléon III à assister à son Mariage avec Eugénie de Montijo. Revenant en mer de la Mecque, il descendit à Marseille pour rejoindre Compiègne.

[4Les Turcs étaient tenus de lui verser à chaque fois, un droit de passage.

[5Mokrani tomba sous les balles du général Lallemand commandant en chef des forces armées en Algérie, le 5 mai 1871 au moment où se mit au-devant de ses hommes pour conduire la bataille à Oued Soufflat, tout de blanc vêtu.

[6Sa mort fut gardée fut gardée secrète pendant plusieurs jours et son corps transporté à la Kakaâ de Beni Abbes ou il fut enterré sans cérémonial.

[7Boumezrag "l’homme à la lance". Seul Boumezrag, frère et successeur de Mokrani, tente de poursuivre la lutte. Capturé le 20 juin 1872 près de Ouargla, il est traduit devant la Cour d’assises de Constantine. Condamné à mort, il voit sa peine commuée en déportation à vie en Nouvelle Calédonie. Mais, gracié par sa participation à la répression de la révolte canaque en 1878, il quitte le pays le 18 mai 1904 à bord du "Pacifique" et termine ses jours à Alger, où il meurt en 1905.

[8Les cavaliers de Mokrani étaient arrivés après une forte avancée à 20 km d’Alger.

[9Boumezrag et les deux fils de Cheikh El Haddad, furent déportés en Nouvelle-Calédonie en 1872. Boumezrag ne reviendra en Algérie qu’en 1904, mais sans pouvoir rejoindre sa région natale (Bordj Bou Arréridj). Il fut cependant autorisé à séjourner chez son fils, mufi à Orlansville.

[10"Si la révolte est stoppée vers l’Ouest et ne peut déobrder sur la Mitidja ; en revanche, Bordj Menaiel, Draa El Mizan et Palestro sont pris, Bougie, Djidjelli, El Milia, Batna, Sétif et Tizi Ouzou assiégés. La réorganisation de l’armée, qui compte jusqu’à 86 000 hommes, et l’envoi de colonnes brisent cette vaste insurrection, aux causses multiples et complexes, qui a principalement touché la région d’Alger et Constantine, ainsi que le Sud. La contribution de guerre s’éleva à près de 36 millions de francs et 574 000 hectares furent confisqués, puis utilisés pour donner un essor à la colonisation rurale."

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria