Les " Numidiques " de Laid Mokrani. Rêves et souvenirs

, par  Abdennacer Mebarkia , popularité : 6%

Les Numidiques sont des textes littéraires dont l’auteur essaie de diversifier ses thèmes, nostalgiques, historiques, culturels, artistiques.

Les personnages sont fictifs et parfois réels, dans le but de créer une jouissance à l’intérieur de nos corps, parce qu’on a besoin des mots contre des maux. Aristote avait considéré l’art comme une catharsis, à travers l’art on peut rendre l’être humain heureux. Le lecteur n’a qu’à déchiffrer les codes introduits dans ces textes de différents thèmes, en essayant de dévoiler les structures absentes, selon Eco. En outre, l’auteur s’adresse à un lectorat spécifique.

Dans le premier récit (Quelque chose de Peul) l’auteur raconte un voyage d’un être humain « au volant », se met à contempler la vaste steppe comme un beau spectacle et un lieu ravissant, à la recherche de son « moi », de son existence après un sentiment d’avoir peur de se perdre dans ce vaste espace. En employant le mot ‘route ‘ comme moyen de narration. « Ou doit-il partir et d’ où il est revenu). Cette vaste steppe symbolise l’extension de la notion de temps et de l’espace à la fois. Elle indique aussi la résistance de l’homme devant cette surface illimitée qui le noyait, tant que la volonté humaine a ses points faibles et ses points forts. Dans un cercle, là ou il n’ya pas le secours, uniquement une situation difficile. Le champ sémantique du récit tourne autour de la beauté de l’espace Béatitude / pureté de ses couleurs / ravissements de la route / spectacle de la route / Espèce de bonté / ciel plein d’étoiles / une beauté qu’il n’avait jamais connue Dans la deuxième trame littéraire (Tribal), l’auteur se tourne vers une autre rive, l’eldorado des éxilés.c’est l’espace de Paris. Cet exil forcé, pendant les années de braises, avait provoqué une grande déchirure chez beaucoup de personnes qui avaient quitté leur terre natale, en raison de la violence aveugle qui avait frappée notre cher pays. Les faits de la trame se passent à travers deux personnages...Nadir et Zakia, introduits dans un roman que l’auteur s’apprêtait à l’écrire, en employant un croisement de temps. Tantôt il évoquait la vie conjugale entre Nadir et Monika, tantôt il parlait de la nouvelle vie menée par nadir avec sa future femme Zakia. Ces deux personnages, originaires de la même ville, comme cité dans le texte, menaient une vie admirable. C’était une victoire d’un amour tribal, en se débarrassant de Monica qui symbolise une autre civilisation. Quant au texte « Route de Balkh » qui aborde un thème relatif à l’histoire de l’empereur Gengis Khan, l’auteur nous fait revenir à notre douloureuse histoire, celle de la chute de la civilisation arabo-musulmane au tréxième siècle et la prise de Bagdad par les Mongols sous le guide d’ Holako, descendant de Gengis khan. La ville de Balkh ressemblait entièrement à celle de Bagdad. Holako avait incendié tout le patrimoine culturel, les palais, les célèbres jardins de Babylone, les mosquées…. C’était le début du déclin d’une grande puissance arabe qui avait brillé pendant des siècles en matière de connaissances, de philosophie « ibn rochd, ibn sinaa », de poètes très célèbres comme Mutanabbi et Abou Temam. Maintenant l’histoire se répète. S’agissant du fragment littéraire ‘ nul jour mieux que le mien ‘ l’auteur retrace ses mémoires à travers des amis lesquels ont laissé une grande influence psychologique et intellectuelle sur lui. Omar était l’un d’eux, aimé de l’auteur d’une manière formidable. Le café Sémiramis, à cette époque là, incarna la grande intimité entre ces deux amis, et rappela des choses nostalgiques. Le comportement d’Omar était plaisant et agréable, sa bonne intention, ses beaux gestes ses « va et viens » dans les coins connus de la ville. Les chanteurs du Malouf (andalous), à l’intérieur du café, rythmaient leurs paroles douces, au même moment le joueur au domino criait « je ferme le jeu par le double- six ».L’auteur nous fait revenir à l’époque des années 70, les années de joie et d’innocence.

En s’adressant à un lecteur intéressé par la littérature, à un lecteur modèle, selon l’expression de l’écrivain italien Umberto Eco, un lecteur bien armé en raison de nombreuses références citées dans le texte dont la moitié n’est pas connue chez les simples lecteurs. L’auteur intitule son texte « mon frère l’idiot » en s’inspirant du texte de " l’idiot" de Dostoïevski à travers son personnage Mychkine qui incarnait l’innocence et la bonne volonté. L’auteur, dans ce contexte fait le double jeu, le double récit. Il mêlait son personnage à celui de Mychkine pour nous convaincre de ses valeurs, intimité, talent, intelligence, volonté de lire … Il est à signaler que le texte tourne autour d’un champ lexical relatif à la superbe littérature russe ou hommes de lettres, Dostoïevski (idiot, les frères karamazov), Tolstoï, Balabanov. Mais dans ce contexte je dois citer le grand maitre de la nouvelle à travers toute l’histoire, Gogol dans sa nouvelle éternelle « le manteau » et je crois, à mon avis, que personne n’a pu écrire, jusqu’à présent, une autre nouvelle qui ressemble à celle de Gogol. Le narrateur du texte était très reconnaissant envers son ami B A, c’est un brave homme, homme de culture, de science, d’honnêteté, de paix, de dynamique, il se passionne pour la lecture et consacre la plupart du temps à faire de la recherche.

Abdenacer Mebarkia

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria