Pauvreté et misère à Bordj Bou Arréridj Les maux qui se conjuguent

, par  Layachi Salah Eddine, Le Soir d’Algérie. , popularité : 1%

Le film de la pauvreté se répète depuis des années en grandeur nature. Plusieurs centaines de familles de la wilaya de Bordj-Bou-Arréridj vivent actuellement dans des conditions infra -humaines, notamment les petits salaires allant de 4 500 DA le mois à 10 000 DA travaillant dans l’informel, les chômeurs diplômés, ou sans diplôme, les jeunes exclus de l’école et les handicapés.

Face à cette situation désastreuse, qui doit donc assumer ses responsabilités pour aider durablement ces centaines de familles de laissés-pour-compte ? Surtout pas moi, répond l’État, qui, pour l’instant, est occupé par les futures élections (APC-APW) des thaumaturges et des marchands de sommeil. Qui prendra la responsabilité lorsque les jeunes sortiront dans les rues pour exprimer leur ras-le-bol de la misère et de la hogra ? Ce ne sont certainement pas les élus ni les responsables politiques qui perçoivent des salaires mirobolants avec des avantages en nature (restauration, voiture, hôtellerie…)

Témoignage

Un retraité qui perçoit une pension de 10 000 DA affirme que sa retraite lui permet uniquement d’acheter un quintal de semoule par mois à 4 800 DA, le reste quelques légumes, un poulet, rarement de la viande et des fruits. Ce retraité a à sa charge deux enfants, il ajoute que la viande, le poisson, les jus de fruits et autres sont un grand luxe, hors de portée de son pouvoir d’achat. Un autre travailleur dans une entreprise de matériaux de construction qui perçoit 12 000 DA soutient que sa paie est totalement insuffisante pour subvenir aux besoins de sa famille composée de 3 enfants scolarisés que la rentrée scolaire et le Ramadhan ont grevé son budget.

Il affirme qu’il mange rarement de la viande et des légumes, et souvent sa petite famille se nourrit tout au long de l’année de couscous au petit lait et quelques légumes s’il a de la chance d’en trouver à des prix raisonnables ; quant aux effets vestimentaires, des voisins, et parfois la famille, lui viennent en aide en lui donnant des vêtements usés pour ses enfants et lui-même. Pour ne pas mourir de faim, des familles précarisées envoient leurs enfants vendre des sachets en plastique, pour avoir un peu d’argent, d’autres, dès la fermeture du marché, sont ramassent les fruits et légumes qui jonchent le sol abandonnés par les marchands.

Ces légumes à l’aspect douteux, dépourvus de leur partie comestible, avariés et presque totalement pourris, ces malheureux s’en approvisionnent au quotidien pour nourrir leurs familles. On observe partout des enfants pieds nus, les joues noircies dû à un déséquilibre alimentaire, et les vêtements en lambeaux, mendiant dans les artères de la ville.

La paupérisation a poussé des pans entiers de la société au vagabondage. Des enfants qui fouinent dans les poubelles, dans le souci d’y trouver un peu de nourriture ; des familles qui traînent d’un pas lourd dans les recoins du souk, dévorant des yeux les étals de pommes de terre, carottes, tomates, scrutant les tarifs sachant qu’aujourd’hui, une fois de plus, leurs enfants dormiront le ventre creux. D’autres pauvres gens (retraités, des salariés dans le black-jobs) font des achats à crédit, mais le plus grand nombre d’entre-eux (les sans-salaire) se dirigent vers les décharges publiques dans l’espoir de se mettre quelque chose sous la dent. D’où vient ce chancre de la misère qui ronge l’Algérie ? Des causes multiples et interdépendantes : les licenciements massifs appellent l’augmentation du chômage, le chômage d’exclusion engendre l’impuissance, la détresse, la colère lisibles sur des visages anonymes et pourtant familiers de ces centaines de laissés-pour-compte.

Brisés, détruits par l’arrogance, l’outrecuidance et l’ostentation de nouvelles richesses rapides et douteuses, ils découvrent une société duale née de l’injustice des puissants face aux faibles, celle des “intégrés” face aux exclus. Un pouvoir qui ne s’inquiète pas du sort de son peuple, se nourrir, se vêtir, se loger, autant de chemins de croix pour les démunis ; qu’en est-il alors de se soigner ?

Les inégalités sociales deviennent des inégalités face à la maladie et, au bout, face à la mort. Elles forment un processus cumulatif au terme duquel les privilèges s’additionnent à l’un des pôles de l’échelle sociale, tandis qu’à l’autre pôle se multiplient les handicaps ; elles tendent également à se reproduire dans le cours des générations ; la richesse engendrant la richesse ; la pauvreté engendrant la pauvreté.

La majorité des gens se sent victime d’une grande injustice de la part de nos gouvernants : ils voient que l’Algérie a beaucoup de potentiel et que rien n’est venu pour alléger le poids de la misère. L’on se demande bien s’il n’y a pas une symbiose entre système éducatif sinistré, chômage, mal-vie et terrorisme. Le risque est lourd de conséquences pour les années ou les mois à venir, d’autant que le malaise est grand chez la population. Autrement dit, la pauvreté engendre la misère, le handicap et la violence. Alors à quand la fin des maux qui se conjuguent : pauvreté, misère intellectuelle, handicap et terrorisme ?

Layachi Salah-Eddine

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria