Ces prisons inhumaines

, par  Layachi Salah Eddine, Le Soir d’Algérie. , popularité : 1%

Hamid B., 42 ans, qui a passé de longs séjours dans les prisons (Bordj-Bou-Arréridj, Sétif, El-Harrach, Koudia) raconte. Avant d’entamer son récit, il sort sa carte d’identité et, exhibant sa photo, nous dit : « Je ressemblais à ça avant mon incarcération. » Un homme encore jeune, aux traits fins, bon vivant.

Très loin du visage décharné et des yeux vides d’un homme qui raconte sept ans de cauchemar dans les prisons, il affirme que tous les centres pénitentiaires où il a séjourné se ressemblent : insalubrité, maladies, poux, promiscuité, avec en leur sein des détenus « fragiles » condamnés pour des crimes sexuels, des vieillards de 70 ans, des malades mentaux, des détenus suicidaires...

Devant la surpopulation carcérale et les mauvaises conditions de détention, le détenu a parfois juste un mètre carré. Le ministre de la Justice lui-même reconnaît les conditions infra-humaines des détenus. En effet, les pénitenciers algériens sont parmi les plus surpeuplés du monde, ils traînent les boulets de l’époque coloniale.

Ces infrastructures ont été conçues pour la répression tous azimuts des personnes qui y étaient admises. Face aux mauvaises conditions de détention, les principes fondamentaux du droit du détenu cèdent.« Les sanitaires sont souvent dans un état lamentable. Il n’y a pas de porte, pas d’isolement, c’est très humiliant », s’indigne Hamid. Quant aux repas servis, ils sont considérés comme « immangeables » par les détenus.

La pratique du mitard témoigne d’un système carcéral anachronique qui fait fi de la dignité humaine. Hamid raconte aussi les brimades, agressions et rackets, œuvre des « gros bras », dont il a été victime des années durant sans pour autant se plaindre auprès de l’administration pénitentiaire par peur de représailles.

Les « nouveaux arrivés » attendent parfois six mois pour avoir un matelas ; en attendant, ils dorment à même le sol, hormis ceux qui ont de l’argent. Car en prison tout s’achète et tout se vend (drogue, psychotropes entre autres), tout genre de produits pouvant alléger au mieux le « séjour » en prison.

Par ailleurs, la lenteur des procédures judiciaires — souvent il faut attendre plusieurs mois pour être jugé —, l’absence de débouchés, d’avenir, la difficulté d’avoir un soutien psychologique ou psychiatrique faute de moyens et l’attitude souvent méprisante, infantilisante des surveillants (heureusement pas tous) conduisent certains détenus au suicide. Les autres ressortent des prisons au mieux identiques à ce qu’ils étaient.

Layachi Salah-Eddine

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria