Insurrection de 1871 : ce qui n’a pas été dit

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L’insurrection de 1871 est une revanche
sur les forces coloniales, longtemps attendue,
dès la défaite d’Abdelkader et la reddition
de ce dernier en 1847, elle a été soigneusement
réfléchie et décidée par trois valeureux
grands hommes : Hadj Mohamed
Mokrani, Hadj Belkacem Ould-Mohammed
et Cheikh Haddad.

Cette révolution n’était pas décidée d’un
coup de tête, comme on veut l’insinuer, ces
envieux de l’histoire, en général, et de celle
de ce village martyr et héroïque qui est
Kelaâ Nath-Abbas, qui n’est pas à sa seule
et unique révolution et qui ne cesse de
donner des héros, mais l’autorité
coloniale a fait précipiter son déclenchement
au début de l’an 1871, quand elle
s’est rendue compte que son autorité était
loin d’être instaurée, encore moins d’être
ancrée, comme elle le souhaitait, dans
cette région, qui refusait catégoriquement,
toute compromission avec l’ennemi, qui
constata l’existence d’une autorité parallèle
à la sienne et que pratiquement rien ne lui
parvenait, ni information, ni des cas qui relèvent
même du juridique, ni ceux d’état
civil. Des conseils dans chaque tribu, dans
chaque village que compte la région Nath-
Abbas sont chargés de traiter et de régler
les litiges, tous les litiges, même ceux
graves. Les naissances, les décès, les mariages…
sont administrés par ces conseils
à l’insu de l’occupant. A Nath-Abbas, cette
tâche, qui n’est pas des moindres, Sedik
Oussedik, un homme, qui, dit-on, est d’une
sagesse remarquable, s’en chargeait.

L’ennemi, voyant que son autorité ne pouvait
être instaurée tant que ces chefs de
tribu seraient en liberté et jouiraient de
leurs biens, a décidé alors de passer à l’action
en proférant des menaces, en procédant
à des arrestations et en spoliant des
biens et des terres de ces chefs de tribu.
C’est ainsi que les biens et les terres des
Ould Mohammed et des Mokrani ont été
confisquées et spoliées.

Un soir d’hiver de l’an 1871, Hadj Mohamed
Mokrani était chez Hadj Belkacem Ould-
Mohammed. Les deux hommes se sont retirés
seuls dans une pièce pendant que
M’hamed, fils de Hadj Belkacem, sellait les
mulets, et quand ils sont ressortis, ils ont
pris la direction de Seddouk, conduits par
M’hamed El-Hadj Abdellah.

Pendant ce temps à Kelaâ, toute la nuit
jusqu’à l’aube, des hommes et même des
femmes transportaient à dos d’ânes et de
mulets, de la maison Nath Mokrane à celle
d’Ath El-Hadj Abdellah, du matériel militaire,
mais aussi des objets de valeur.
Au retour de Seddouk, la nuit suivante, il
n’était plus un secret pour personne : la révolution
se préparait au grand jour.

A Kelaâ, chacun s’occupait de ce dont il
était chargé sans crainte de l’ennemi, qui
était à plus de 55 km (à l’époque, cette
distance était très importante surtout que
la région est très accidentée).
C’est ainsi que :

1) Hadj Mohamed Mokrani, secondé par
son frère Boumezrag, se chargea d’organiser
et de structurer des détachements
militaires.

2) Hadj-Belkacem Ould-Mohammed, secondé
par son fils M’hamed, se chargea de
la logistique et de faire soulever les tributs
d’Ath Abbas, et celles des régions
d’Imazithene, d’Aïn Kehla et d’Ouled Sidi
Brahim.

3) Chikh Haddad, secondé par son fils Abdelaziz,
se chargea de soulever les tribus
de la vallée de la Soummam et toutes les
zaouïas environnantes et lointaines.
C’est ainsi que l’insurrection prit une vitesse
incroyable et avait presque embrassé
tout le territoire national : le Nord était
presque conquis, à l’Est, l’ennemi était
poussé jusqu’aux portes d’Annaba, au Sud
jusqu’au seuil de Boussaâda et à l’Ouest à
la périphérie de Boudouaou. Mais le sort
a voulu que cette insurrection se termine
par une défaite. Peut-être que le rapport
de force était pour quelque chose. C’est
ainsi et comme tout le monde le sait, Hadj
Mohamed Mokrani tomba à Oued Souflat,
près de Kadiria, son frère Boumezrag lui
succéda mais fut arrêté à son tour, Cheikh
Haddad et son fils Abdelaziz étaient déjà
sous les verrous tout comme beaucoup
d’autres. Ils furent embarqués à bord d’un
bateau et déportés en Nouvelle-Calédonie.
Cheikh Haddad s’évada du bateau en
pleine mer et se réfugia à Djeddah où il
mourut. Ensuite, arriva l’arrestation de
Hadj Belkacem Ould-Mohammed à Tala-
M’zidha où il s’était retiré pour échapper
à l’ennemi, mais hélas !

Comme le bateau était déjà parti pour la
Nouvelle-Calédonie, Hadj-Belkacem fut enfermé
dans un bagne en France, précisément
à Toulon, en compagnie de Dahmane
Guessoum, Ben Aïssa Cherif et M’Hamed
Oukadouh.

Quant à Graba Gharzouli, Bouda Djeghaba,
Djellouah M’hamed et Bachir Cherif, ils
ont été enfermés à Lambèse. Que l’on me
pardonne si j’ai oublié deux noms de ces
valeureux hommes, car il y a longtemps
que ces informations ont été accueillies.
La chasse à l’homme, alors, a commencé
dans toutes les régions, au sein des villages
et des tribus contre ceux qui de près
ou de loin ont pris part à l’insurrection.
Quant à ceux qui ont pu s’échapper, ils
ont été persécutés et poussés à l’exil, qui
dans le territoire national, qui au Moyen-
Orient, particulièrement en Syrie, et leurs
proches ont été dépossédés de tous leurs
biens, spoliés de leurs terres et réduits à la misère.

B. Ould-Mohammed

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria