Zoulikha Taouchichet

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Je peints comme je rêve. Avec des odeurs et des sons qui se mêlent aux couleurs.

Que je peigne ou que je rêve, il y a toujours ces visages qui me submergent et leurs regards qui m’engloutissent.

Des visages de femmes qui ont jalonné mon histoire, femmes absolues et passionnelles, nostalgiques, amoureuses, éternelles.

Je me sens tout cela. Dépositaire de la rigueur de ma mère et de l’enthousiasme délirant de la mère de ma mère.

Les pinceaux mêlent les couleurs et badigeonnent mes rêves de petite fille trop vite devenue la femme que je suis.

Chacun des tableaux que j’ai réalisé avec passion porte les stigmates de notre commune et féminine condition.

Je nous vois cachées par des voiles attristées, alanguies, perclues de bijoux, exhibant des regards pudiques, transpirant l’attente, ce "mektoub" comme elles disent.

Les femmes qui hantent mes tableaux sont des fantômes qui viennent revisiter mes rêves... alors au milieu d’un zlidji, le rebord d’une terrasse, devant une lourde porte, elles posent pour moi.

...Je les peints à l’intérieur des lieux, des choses et d’elles même, comme prisonnière de carcans, sanglées dans les traditions, muettes mais avec les yeux qui parlent.

S’il fallait une musique pour habiller mes peintures de satin et de soie, je jouerais du hawzi à coups de pinceaux et au rythme des youyous, derboukas et kerkabous.

C’est toujours la même histoire que je peints et dépeints à l’infini, celle des mères de nos mères racontée au coin de la mémoire à nos petites filles... Je leur raconte comment la meule écrasait le blé pour donner du froment, et pourquoi on mettait du khôl et du henné.

Je peins et rêve du mariage de la vie avec toutes ces femmes coloriées qui tournent dans ma tête, souriantes, belles, transparentes.

Il me manque juste une couleur pour crier sur mes toiles l’amour de nos mères et de nos sœurs , il me manque la couleur de l’espoir.

Zoulikha Taouchichet



Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria