Du bonnet d’âne aux grandes écoles ?

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Chez nous, à ce détail… près, tout va bien ! Mais, justement, tout ne
tient qu’à ce petit détail.

Y compris l’école ! À partir des toutes petites classes du préscolaire
jusqu’aux plus grandes écoles bac+, c’est ce même système de
gouvernance, et lui seul pourrait insuffler, un jour… l’espoir d’un
changement notable et en profondeur ! On pourrait, par exemple, comme gage
de bonne volonté, commencer par doter les secteurs de l’éducation, de
l’enseignement supérieur et de la recherche, ainsi que
celui de la formation professionnelle, de budgets bien plus conséquents.
C’est-à-dire mieux que la défense et l’intérieur, dont les
retombées ne sont jamais visibles. S’il y a retombées ?!

D’ailleurs, pour la défense, nous ne sommes quand même pas en guerre ?!
Et pour l’intérieur, on a déjà presque habillé tout le monde en vert
et en bleu. Alors pourquoi tant d’argent ? Enfin, les goûts et les
couleurs… ça ne se discute pas !

Au piquet !
Par conséquent, pour prétendre à de grandes écoles, il faut de gros
moyens ! De l’argent pour construire de véritables structures
appropriées à un enseignement de qualité et permettre ainsi aux futurs
étudiants de trouver toutes les commodités et conditions à même de
s’épanouir en tant que tels. Aussi, dispenser des mises à niveau
nécessaires aux enseignants, tout en leur adjoignant si nécessaire, des
collaborateurs étrangers, désignés selon leurs compétences en fonction
des matières et des besoins pédagogiques.

Mais avant cette étape, il y a un incontestable diagnostic à faire au
niveau des paliers inférieurs, d’abord ! Un constat auquel il faudra
répondre par d’efficaces remèdes, autres que la matraque et la menace.

Sinon, à quoi et surtout à qui, servirait une école d’excellence,
quand on sait le niveau du futur candidat bachelier issu du système
scolaire algérien, tel qu’il est aujourd’hui ? Les lacunes sont en
effet multiples et variées. Connaissances approximatives des langues
étrangères, langues d’enseignement en études supérieures et carences
avérées des matières techniques, conséquences collatérales des grèves
à répétition, doublées d’un absentéisme record et permissif des
enseignants, même les classes d’examen n’y échappent pas !

Dixième choix

Dans le classement mondial des universités, la mieux lotie en Algérie est
l’université Djilali-Liabès en figurant au peu reluisant
4 116e rang sur 6 000 et au 29e des pays arabes et 27e en Afrique. Ceci…
pour la performance ! Pour la cuvée 2010, ce n’est pas moins de 134 981
nouveaux bacheliers venus chauffer les bancs des universités algériennes.
Près de six universitaires sur dix sont des filles. Mais combien
seront-ils à se retrouver dans la filière souhaitée ? Très peu !
Presque pas du tout ! Sur une liste comportant 10 choix, c’est au petit
bonheur la chance. Et il n’y a pas plus frustrant et démotivant que
d’avoir à étudier dans une spécialité que l’on n’a jamais
souhaité faire. Ceci concerne les universités traditionnelles. Quant aux
grandes écoles, leur accès est conditionné par un système de formation
préparatoire. Depuis peu, l’Algérie s’est en effet dotée d’écoles
supérieures et a adopté le système des écoles préparatoires pour
l’accès aux grandes écoles. Pour ce faire, six décrets exécutifs ont
été publiés dans le Journal officiel. Il s’agit du décret exécutif
n°09-251 du 10 août 2009 portant création de l’École nationale
supérieure de sciences politiques, dont le siège est fixé à Alger ; du
décret exécutif n°09-252 du 10 août 2009 portant création de l’École
nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information, dont
le siège est également fixé à Alger ; du décret exécutif n°09-253 du
10 août 2009 portant création de l’École nationale supérieure des mines
et de la métallurgie, dont le siège est fixé à Annaba ; du décret
exécutif n°09-254 du 10 août 2009 portant création d’une école hors
université d’enseignement technologique à Skikda et enfin, du décret
exécutif n°09-255 du 10 août 2009 portant création de l’École
préparatoire en sciences et techniques à Tlemcen. L’école, telle que
définie, assure les missions de formation en sciences et techniques pour
préparer les étudiants à l’accès au 2e cycle assuré par les écoles
hors université.

L’étudiant n’ayant pas pu suivre la formation préparatoire ou n’ayant pas
été admis aux concours d’accès au second cycle assuré par les écoles
hors université, est réorienté vers d’autres établissements de
l’enseignement supérieur, conformément à la nouvelle réglementation en
vigueur.

Quand l’école est recalée

Fort belle initiative que de créer de grandes écoles ! Mais qui seront
les étudiants privilégiés de ces éminents lieux de savoir ? Quels en
seront les critères ? Est-ce que tout le monde aura les mêmes chances
d’accès ? L’avenir nous renseignera ! Mais, en attendant, et tous les
sociologues le reconnaissent, le long mouvement de massification scolaire,
à travers le monde, a déçu. Le recrutement des élites scolaires ne
change pas. Statistiquement, l’affectation des élèves dans les diverses
filières reste déterminée par leur origine sociale. Tous ceux qui
échouent et quittent l’école sans diplômes sont issus des catégories
sociales les plus défavorisées. Le même constat est observé devant
l’inégalité des chances devant le travail, le logement, la santé,
etc.

En Algérie, l’école publique, tous paliers confondus, a échoué. Elle
n’a pas rempli son rôle de lieu de savoir et d’éducation. Quant à
l’université algérienne, elle a dû faire face, notamment ces deux
dernières décennies, à de jeunes étudiants fondamentalement déformés
par l’école fondamentale. Tout ceci amène naturellement à se poser la
question suivante : qui va-t-on mettre dans les grandes écoles, si aucune
amélioration n’est apportée dans les paliers inférieurs ? D’ailleurs
c’est en améliorant la qualité de l’enseignement du primaire au
lycée, qu’on obtiendra des bacheliers de niveau supérieur. Et par
conséquent, on ne peut qu’avoir une faculté digne de ce nom. Ce sont
les bons étudiants qui font une bonne université ! À moins de mettre,
encore une fois, la charrue avant les bœufs…

R. L.
liberterabahlarbi3c@hotmail.com

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria