LE NID D’ESPIONS

, par  Rebbache Laid , popularité : 1%

La guerre faisait rage dans toute l’Algérie , des patrouilles militaires et policières sont en permanence de jour comme de nuit, gare à ceux qui présentent le physique suspect, des attentats et des rafles sont menés en parallèle , des arrestations puis des morts comme à l’accoutumé.

Habitués à ce rythme, les citoyens ne donnaient aucune confiance car les murs ont des oreilles. Le couvre feu instauré depuis, les habitants sont dans l’obligation de rester chez eux dès la tombée de la nuit.

En cette journée hivernale durant les premières semaines de l’année 1962 de ramadhan et après la rupture du jeûne , ma famille sous un seul toit appelé sous le pseudonyme Boughrara connue à l’appel des citadins et des campagnards tout en ignorant le véritable nom que porte l’identité officielle et également connue comme les vendeurs de journaux à la criée et au fixe depuis l’enfance . . Nous sommes envahie de nuit à notre maison sise au faubourg des jardins face à la résidence de la wilaya , par des militaires sous les ordres du lieutenant de la garde mobile du nom de Chex .

La maison familiale REBBACHE (Boughrara) appelée par les
autorités militaires françaises durant la guerre d’Algérie à Bordj Bou Arréridj

Les fenêtres en bois n’avaient pas de barreaudage , des frappes annonçant la présence de militaires – ouvrir ou la porte sera mitraillée – tels sont les appels avant l’ouverture par notre père sous cette menace, pointé à l’arme, la lumière du couloir totalement éclairée , commence la fouille par chambre.

Notre logis se composait de couloir croisé, j’étais dans ma chambre au tournant de l’angle droit, j’entendis des paroles de la langue de Molière et à son accent européen, je croyais qu’un poste radio était allumé , mais non ce sont celles de personnes physiques , je portais un sous vêtement bleu de coton qui avait une pochette à l’arrière du pantalon et le tout masqué par une gandoura. Je me suis levé à la demande de mon instinct de comprendre là où la source d’éclairage y est, je vois des militaires de grande taille au milieu du couloir dont certains procédaient à la fouille des armoires d’une chambre comme si on recherchait une épingle égarée dans une botte de foins . Une idée me survient que le tract du FLN signé du responsable Tayeb El Bariki est dans le livre posé sur la petite table de ma chambre, il fallait le dissimuler, chose faite après pli en quatre et mis dans la poche arrière du sous vêtement avant l’arrivée de la fouille de ma chambre.

Tandis que l’inspection continue , on nous faisait rassembler les hommes, les quatre frères et le père , le lieutenant nous a reconnu comme les vendeurs de journaux ,il nous faisait comprendre par sa voix – écoutez moi je ne fais que mon travail , j’ai une mission à accomplir , le reste ne me concerne pas….vous savez que tous les bouclages que nous avons effectués au faubourg des jardins et le contrôle des cartes militaires et d’identités civiles, le nom de Boughrara est introuvable alors que depuis trois ans que ce nom est fiché parmi les plus recherchés de la ville de B.B.A. , la maison est un nid d’espions tout passe par là , on emmène l’ainé et on reviendra pour les autres.

Profitant de leur départ, j’ai retiré de ma poche le tract et l’ai mis dans le poêle à charbon pour éviter que des charges pénales s’alourdissent dans cette angoissante situation au cas où ils reviendraient.

Des coups de rafales ont suivi leur départ , on croyait que le prisonnier a été abattu et laissé à la merci de la nuit où personne ne pourrait sortir ,le couvre feu nous l’empêchait , l’inquiétude régnait dans sa globalité. Le lendemain la rue ne donnait aucun signe de mort.

Plusieurs semaines passèrent et son absence n’a donné lieu à aucune confirmation sur sa destination.

Il s’est avéré après sa libération que le premier jour de son arrestation, il a été accueilli à la caserne (actuelle citadelle) au coin sanguinaire du 2eme bureau, bureau des tortures où des pratiques impardonnables ont été effectuées (l’eau, l’électricité, des coups etc.…) et est devenu la proie de ces tortionnaires sous la houlette du capitaine Frésy , après des tractations , la justice militaire présidée par le commandant Jerrot a finalement opté pour sa libération .

Les accords d’Evian pour le cessez-le feu en Algérie ont été signés entre la France et les représentants de l’Algérie dont je rappelle l’article officiel de cet évènement.

- Article premier : ile sera mis fin aux opérations militaires et à toute action sur l’ensemble du territoire algérien le 19 Mars 1962 à 12 heures.

Le calme s’est instauré petit à petit qui a abouti au référendum début juillet 1962 proclamant l’indépendance de notre pays le 5 Juillet 1962 , après 132 années de colonisation , arrachée par le sacrifice des vies humaines chiffrées à plus de un million et demi de martyrs durant seulement la période du 1er Novembre 1954 au 5 Juillet 1962 , inoubliable parcours pour que l’Algérie devienne souveraine.

Rebbache Laid

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria