Le certificat de…. médiocrité

, par  Zouhir Koudia , popularité : 1%

Omar ne se serait point douté que cette fois-ci, son dossier allait au moins être retenu. C’était exactement la vingt-troisième fois que son dossier faisait l’objet d’un refus pur et simple. Et comme toutes les fois qui l’avaient précédée, il n’obtint aucune explication sur cette rebuffade si ce n’était la fameuse formule de politesse à laquelle il s’était habitué par la force des choses : « Nous avons le regret de ne pouvoir donner suite à votre demande pour le motif suivant : dossier incomplet ».

Le malheureux employé était un très bon commis de l’état épris du moindre détail de la chose administrative. Lui-même, forgé dans les couloirs des différentes administrations et côtoyant, depuis son jeune âge, les plus illustres hommes du métier, ne pouvait tout de même pas omettre la moindre pièce en constituant un dossier administratif.

Au contraire, il avait pris le soin, à chaque fois, de bien se renseigner avant de déposer son dossier de candidature et de s’assurer qu’aucune pièce n’y manquait. Il avait beau faire appel à tout son savoir-faire en la matière, son dossier lui était renvoyé.

Momo, comme le surnommaient ses intimes, était une véritable référence attestée par les diplômes et les distinctions qu’il na cessé d’accumuler pendant de longues années de labeur. C’était une bibliothèque itinérante. Sa compétence et son intégrité étaient loin d’être contestées. Et il avait en plus un sens inné de la gestion des ressources humaines. Sa sympathie, qualité qui lui était reconnue par tous, et son contact facile avec ses supérieurs ainsi qu’avec ses subordonnés ont largement contribué à faciliter les liens entre les membres du groupe. Du coup, dans le service où il exerçait, le travail était fait avec une fluidité déconcertante grâce à lui.

Et, Momo, tout naturellement, espérait, comme tout autre commis de l’état gravir les échelles et se voir promu à des postes supérieurs. Et il entendait le faire en passant par les voies ordinaires, c’est-à-dire en faisant valoir ses diplômes, son savoir et son savoir-faire reconnu par ses supérieurs tout au long de sa longue carrière, et à travers les différents concours organisés par la tutelle.

Aussi, participa-t’il à tous les concours en s’efforçant chaque fois d’affiner son style et de présenter son travail tel qu’aucune reproche ne pût lui être faite.

Et, paradoxalement, son nom ne figurait jamais sur la liste des admis. Pis encore, ceux qui réussissaient, c’étaient toujours des personnes qui ne jouissaient d’aucune qualité exceptionnelle pour ne pas dire les « cancres ».
C’étaient surtout des hommes et des femmes dont il connaissait parfaitement le genre pour les avoir formés lui-même sans être trop satisfait de leur rendement ni de leurs qualités morales.

Les rares fois que le dossier de Momo était accepté, il était le premier des recalés. Si, par exemple, on retenait trois personnes, Omar était le quatrième de la liste. Et il était cinquième s’il y avait quatre admis. Et ainsi de suite.

C’était la vingt-troisième année consécutive que Momo prétendait à un poste supérieur. En vain. Il aurait souhaité que cette fois-ci la règle changeât pour qu’il pût partir à la retraite avec quelques sous en plus et une certaine considération. Mais il n’en fut rien. On lui signifia une fois de plus que son dossier était incomplet.

Cette fois, il eut la témérité de demander au premier de la liste ce qu’il avait mis comme pièces dans son dossier. Celui-ci, étonné par la question de son interlocuteur lui répondit naïvement : « Une seule pièce : le certificat de… médiocrité ».

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