Grève du 5 juillet 1961 à Bordj Bou Arréridj

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En ce temps là j’avais presque vingt ans. J’avais presque vingt ans depuis fort longtemps, c’était la guerre d’Algérie, des algériens de toute l’algérie,hormis ceux qui semaient la nostalgie et qui rêvaient d’un seul pays de Dunkerque à Tamanrasset.

Répondant à l’appel de bouche à oreille du F.L.N. et en cette journée calme et ensoleillée du Dimanche 05 juillet 1961 ayant pour but la grève générale. La ville de Bordj Bou Arréridj a été parmi tant d’autres à répondre à l’appel en souvenir de l’invasion de notre pays du 05 juillet 1830 par l’envahisseur devenu colonisateur.

Le matin de cette journée devenue obscure par l’évenement malgré le soleil,la population est restée devant chez soi, ce n’est que vers dix heures que les habitants en petit nombre visiblement éparpillés se font bouger à travers les rues désertes.

A pas de promenade , je me suis trouvé au centre de la ville(les quatre coins) qu’offrait un spectacle inaccoutumé aux rideaux de commerce fermés.

Soudain au même endroit à ma vue du coté EST,un groupe de citoyens silencieux au nombre de vingt personnes environ marchait au milieu de la rue avec un porte mort épaulé par entraide. Une personne de premier rang,s’avérant le guide de ce cortège funèbre,me fait signe de sa main de se joindre à ce cortège.La rue Saint Claude(actuelle Mohamed Zerrouki) était le parcours vers le cimetière.

Arrivé au cimetière de Sidi Betka, le guide nous recommande de retourner sur nos pas avec le même porte mort sans se soucier de l’enterrement. Aux cris répétitifs TAHIA EL DJAZAIR ,le porte mort épaulé toujours par entraide,le nombre de citoyens s’agrandit tout au long de la marche par les habitants des douars Abattoir et Souk se joignent et la marée humaine est devenue incontrôlable,ne connaissant que les cris et la marche en avant.

A hauteur de l’école maréchal Joffre-est (actuelle Benbadis-Est) et je ne sais comment les autorités militaires françaises se sont préparées à la confrontation. Une barrière humaine militaire du GMPR aux calots violets nous attendait,tous des musulmans armés de gourdins en bois (Aassa) derrière eux une colonne de gendarmes dite gardes mobiles avec une jepp et un half-track sorte de véhicule blindé avec à l’arrière des chenilles.


L’entrée des logements des enseignants

Toujours aux cris TAHIA EL DJAZAIR , les calots violets nous bousculaient aux dires -rentrez chez vous, la situation est dangereuse- dira probablement leur chef, personne de nous manifestants ne prête attention au danger qui pourrait surgir de l’avant, continuité de cris et à coups de matraques aux pieds,aux dos et aux têtes et rien n’arrêtera la force populaire aux cris VIVE L’ALGERIE.


Le lieu de la confrontation

Les militaires des véhicules commencent à avancer,le guide,visage ensanglanté lance le SAUVE QUI PEUT,nous relâchames le porte mort et le mort n’est autre que de grosses pierres enveloppées dans une couverture en laine multicolore sur fond rouge, tombèrent sur la chaussée.

Devant l’avance de soldats et leurs véhicules, nous, manifestants , faisons marche arrière et pour ma part connaissant l’entrée et la sortie des logements des enseignants appelés- groupe scolaire- me suis échappé par cette voie sous le regard haineux des locataires, le crachat des armes automatiques faisait son oeuvre contre les manifestants qui se replièrent vers le douar Souk, s’est fait entendre consécutivement jusqu’à mon éloignement de ce bruit infernal.

Une fois sorti du groupe scolaire,j’ai traversé le terrain nu(actuel sonelgaz) en passant par la minoterie ex Assié et pénétré dans l’oued (le seul oued en Algérie qui prend son chemin en se dirigeant du NORD vers le SUD) vide et découvert marchant dans toute sa longueur vers le nord jusqu’au bout pour arriver à la maison faubourg des jardins.

Une inflammation s’est fait sentir à ma hanche gauche et à la longue a formé une cicatrice reflétant l’image de passage d’un bistouri.Quant aux crépitements des rafales entendus lors de l’échappée,aucune information n’a été divulguée sur la probabilité des personnes touchées(mortes,blessées ou arrêtées) par cet évenement.

Cette date a marqué en moi l’empreinte sur mon corps du souvenir inoubliable.

Rebbache Laid

Météo

Bordj Bou Arreridj, 34, Algeria